‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 183 sur 262 · CHAPITRE XXXn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXn

et de fortifier le jugement. Ce moyen consiste à faire traiter de vive voix et surtout par écrit des questions qui par leur nature forcent l'élève à sortir du règne, du siècle, de l'époque que l'on est en train d'étudier, à se porter en avant ou à se reporter en arrière, à parcourir le champ de l'histoire entière pour y trouver les éléments du travail qu'on lui demande. Telles -sont les questions suivantes. :

— Quels ont été les plus grands ministres des rois de France ; dire ce qui fait la grandeur de chacun d'eux?

— Quels ont été les traités les plus funestes ou les traités les plus avantageux à la France?

— Quelles ont été les régences ; faire connaître leur durée et leurs conséquences bonnes ou mauvaises ?

— Énumérer les régicides ; eh donner les causes et les conséquences ?

— Quels ont été les mariages des rois les plus utiles ou les mariages les plus funestes à la .nation ?

— Quels sont les principaux combats navals; en donner la date, faire connaître le nom des vainqueurs et des vaincus?

■— Quels ont été les morts héroïques ? Où et dans quelles circonstances ont-elles eu lieu ?

— Quels sont les édits fameux et pourquoi le sont-ils?

Des questions de ce genre forcent l'élève à

arpenter l'histoire en tous sens, à y chercher d'un bout à l'autre, à rapprocher les dates, les faits, les hommes les plus éloignés, h trouver à travers le temps, l'espace qui les séparent, les ressemblances qui les unissent, à les. -comparer en tenant compte de la différence des circonstances ; par suite elles donnent le branle à la mémoire, tiennent l'histoire toute. grande ouverte et déroulée sous les yeux comme un grand tableau, ravivent les souvenirs, les affermissent par l'association, et fortifient le jugement par la comparaison. L'esprit tout entier gagne à des exercices de ce genre et plus l'enfant apprend, plus il devient capable d'apprendre. . Il est bon aussi de prendre l'histoire à rebours, et ^après avoir descendu le cours des siècles, de faire effort pour le remonter ; on compare souvent l'histoire à un fleuve et l'on a raison, mais, pour bien connaître le cours d'un fleuve, après l'avoir suivi en aval, il faut le suivre en amont. Les bords, en effet, les sites, les paysages, le cadre changent d'aspect, suivant que l'on regarde dans un sens ou dans l'autre. Ainsi, en marchant les yeux tournés vers le passé, on comprend encore mieux la marche des choses, on voit venir les événements, on sent plus vivement la force du courant et le crescendo des événements ; c'est une sorte de contre-épreuve ; après avoir descendu des causes aux effets, on remonte des effets aux causes.

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