‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 192 sur 262 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

à la piété de saint Louis, sans penser aux deux croisades qu'elle lui fit entreprendre ; à sa scrupuleuse droiture, sans penser aux provinces qu'elle lui lit rendre aux Anglais? Comment songer à la faiblesse de Charles IX, sans qu'aussitôt se réveille le souvenir de l'affreux massacre dont il se laissa arracher l'ordre par l'ambitieuse et cruelle Catherine ? Aussi recommanderai-je aux maîtres de ne jamais sortir d'un règne et quitter un prince sans avoir mis en relief et en lumière les traits de son caractère, sans en avoir apprécié la valeur morale. Les enfants s'intéressent plus aux hommes qu'aux faits, et c'est par là qu'il faut les prendre. Il y a là une leçon pour la conduite, une lumière pour l'histoire, une ressource pour la mémoire. Tel règne en apparence difficile à retenir laissera une empreinte ineffaçable, si le maître a su produire dans l'âme des enfants une impression morale. Ainsi ils n'oublieront jamais Charles le Gros, si le maître a su leur inspirer un sentiment d'indignation pour la lâcheté de cet empereur d'Allemagne, de cet indigne descendant de Gharlemagne, qui s'en vient à la tête d'une armée pour acheter la retraite des Normands, pour tromper la généreuse confiance de la capitale assiégée, et rendre inutile l'intrépidité d'Eudes son défenseur. Il faut que lès enfants apprennent dans l'histoire à aimer et à ressentir, comme dit l'Alceste de Molière,

. • . Ces haines vigoureuses, Que doit donner le vice aux âmes vertueuses,"

Dans cette foule de rois qui ont fait lé bonheur ou le malheur de la patrie, sa ruiné ou sa prospérité, il faut qu'ils voient des objets de sympathie, d'admiration, d'enthousiasme, comme aussi des objets de haine, de mépris ou de pitié ; il faut qu'ils apprennent l'histoire avec leur âme plus encore qu'avec leur mémoire. Le sentiment est bon et fidèle gardien du souvenir et l'on n'oublie ni ceux que l'on aime ni ceux que Ton hait. C'est l'indifférence morale qui rend si ingrate et si fastidieuse pour la plupart . des enfants l'étude de l'histoire, parce que le maître ne sait pas faire revivre les hommes, les faire comprendre, faire sentir vivement leur grandeur ou leur bassesse, en un mot arriver au cœur. Les personnages paraissent tous semblables, c'est par le nom qu T ils diffèrent; ce sont des êtres vagues, des ombres. Que le maître s'applique à les rendre vivants, agissants, responsables. La responsabilité,

ainsi placée dans la conscience, l'histoire du passe devient celle du présent, l'histoire des* rois ou des personnages devient celle de tout le monde et même des enfants, qui ont déjà, eux aussi, leurs bonnes et leurs mauvaises inspirations, leurs volontés, leurs caprices, leurs entraînements, leurs passions. R^ 11 de plus propre que cette étude àpréserver les esprits de ce fatalisme à la mode qui noie lés responsabilités individuelles dans l'irresponsabilité collective, et qui réduit systématiquement la part de l'influence des hommes pour accroître la puissance des choses.

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