‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 204 sur 262 · CHAPITRE XXXVI â · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI â

d'enseigner. La leçon de choses est née d'une heureuse réaction contre l'habitude de parler des choses sans les faire voir, de puiser dans les livres des connaissances que Ton peut acquérir par soimême ; c'est une substitution de l'expérience personnelle à l'autorité didactique, dé l'observation à la Jecture, des idées concrètes aux mots vides de sens.

Autrefois l'enfant ne se servait guère de ses yeux que pour apprendre à lire ; le livre était tout, c'était la seule et unique source du savoir ; c'est à travers le livre qu'il voyait la nature ; au lieu de regarder les objets eux-mêmes, il s'en faisait une idée d'après le livre. Avec la leçon de choses, le livre disparaît, l'enfant est mis en présence des objets, et lorsqu'ensuite il arrive au livre qui en parle, il compare ce qu'il a appris par lui-même avec ce que le livre veut lui apprendre ; il devient jusqu'à un certain point juge du livre. Il a plaisir à trouver que l'auteur a vu comme lui-même, il prend confiance en son propre jugement, il s'assure en ce qu'il sait et apprend plus vite et mieux ce qu'il ignore. Cette méthode est excellente ; est-elle bien comprise, estelle bien appliquée ? Pas encore.

On a publié bien des livres intitulés : Leçons de choses. J'en ouvre un au hasard et j'y trouve sur les céréales toutes les connaissances qu'on peut raisonnablement souhaiter qu'un enfant acquière à l'école sur ce sujet- Mais si le maître fait lire, ou lit, ou

expose ce chapitre, aura-t-il fait une leçon de choses ? Nullement; il aura fait une leçon sur les choses. Dans la leçon ainsi nommée, ce sont les choses elles-mêmes qui font en quelque sorte la leçon, ce sont elles qui parlent et font parler ; il faut donc qu'elles soient présentes, elles de préférence, et, à défaut; leur image. Le maître apportera donc des grains de blé d'espèces différentes ou il les prendra dans son musée scolaire; et, au lieu de commencer doctoralement avec le livre et de dire : «Il y a deux espèces' principales de blé, ie blé tendre et le blé dur, » il donnera aux enfants les deux espèces de grains, il les invitera à les bien regarder et se les mettre sous la dent ; les enfants lui diront d'eux-mêmes que parmi ces grains les uns sont opaques et les autres à demi transparents, que les premiers sont tendres et que les autres sont durs.

De même le maître apportera des épis de blé, de seigle, dorge et d'avoine ; il les mettra dans les mains des enfants ; il leur fera observer et comparer les tiges, les épis, l'arrangement des grains, la longueur et la disposition des barbes, etc. ; il ne dira rien de ce que l'enfant peut dire ; la comparaison finie, les enfants la résumeront de vive voix, et si la leçon est importante, ils la résumeront par écrit» Ce qui importe ici, ce que le maître ne doit pas perdre de vue, c'est qu'il s'agit moins encore de l'acquisition de quelques connaissances que du dé*

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