CHAPITRE XXXVI
veloppement d'une faculté et de la direction de l'esprit lui-même. Ces connaissances, il lui reste du temps pour les acquérir, tandis qu'il n'y a qu'un temps pour prendre de bonnes habitudes, et c'est celui de la scolarité.
L'auxiliaire naturel de la leçon de choses, ce sont les choses elles-mêmes, c'est-à-dire le musée scolaire.
On peut donc ainsi, en réunissant dans une armoire, sous une vitrine, un certain nombre d'objets de tout genre, bien choisis et méthodiquement classés,, composer *un petit musée, qui permette aux maîtres de donner à leurs élèves des notions scientifiques exactes, des connaissances pratiques et de les introduire de bonne heure dans le vaste domaine de l'agriculture, du commerce et de l'industrie.
Quelques petites collections botaniques, géologiques, minéralogiques* des spécimens des principaux genres d'architecture, des modèles géométriques, des sphères célestes et terrestres, des tableaux représentant les insectes nuisibles et les oiseaux qui les détruisent, etc. : voilà les premiers éléments des musées scolaires.
Ces musées ne doivent pas être partout composés de la même manière, et remplis des mêmes objets. Suivant la nature du pays, ses ressources, ses produits, les musées scolaires prennent un aspect différent, et offrent aux yeux une sorte d'image du pays lui-même. Chacun a sa physionomie. Du reste, rien
ne s'oppose à ce que des échanges fassent passer des uns aux autres les objets les plus rares et les plus intéressants. De la sorte la curiosité des enfants est sans cesse ranimée, et la nouveauté des choses donne à l'enseignement du maître plus de vie et d'attrait.
Le musée d'une école de filles doit être sensiblement différent du musée destiné aux garçons. Dans le choix des objets qui le composent, une intelligente directrice songe aux occupations ordinaires des femmes, aux métiers, aux professions que doivent exercer plus tard les enfants qu'elle instruit.
Ce n'est pas seulement dans les premières classes, mais dans les petites, ce n'est pas seulement à l'école primaire, mais dans la salle d'asile que le musée rend des services. Le petit enfant est curieux, désireux de voir, de sentir, de toucher, de manier les objets; c'est cette curiosité naturelle qu'il faut diriger et tourner à son profit. Plus l'on commencera de bonne heure, plus on en tirera de fruit. L'enfant prendra insensiblement et sans s'en douter l'habitude de l'observation méthodique ; et dans son cerveau, tendre encore, les objets s'imprimeront plus aisément avec des traits précis que l'âge affermira. Alors les premiers tâtonnements de sa pensée rencontreront déjà des formes arrêtées, des idées nettes et vives, dont il saisira mieux les rapports naturels; ses jugements seront plus sûrs et plus prompts, ses raisonnements plus solides.