CHAPITRE XXXVI
Au lieu des idées vagues que laisse un enseignement purement oral, il aura dans l'esprit les formes nettes et ineffaçables des choses ; ce qu'on a entendu s'oublie ; ce que l'on a vu et observé, surtout dans l'enfance, demeure.
Ce n'est pas assez d'avoir des musées, il faut s'en servir. Un musée n'est pas un simple ornement de l'école, c'est un instrument de travail. Les collections ne sont pas faites pour rester dans une armoire et pour être regardées à travers une vitrine ; il faut que les objets en sortent, qu'ils passent de main en main, pour piquer la curiosité des élèves et provoquer des questions, et cela dans l'intérêt des maîtres eux-mêmes ; car souvent une question imprévue est un trait de lumière pour le maître et lui révèle ou une lacune dans son enseignement ou un vide dans ses collections. Avant de commencer leurs leçons, les professeurs de physique, de chimie, d'histoire naturelle, ont l'habitude de placer et de disposer sur leur bureau les instruments, les corps, les collections nécessaires pour leurs expé- . riences, leurs démonstrations, leurs exposés. Que l'instituteur suive cet exemple ; que, le jour où il doit faire sa leçon de choses, les enfants, en entrant dans la classe, voient rangés sur la chaire les objets qui serviront à la leçon ; et que dans les écoles à plusieurs classes les directeurs et les directrices veillent à ce que leurs adjoints et adjointes procèdent de la même façon. De temps à autre aussi un enfant
peut être placé devant l'armoire toute grande ouverte, et chargé de dresser à haute voix l'inventaire du trésor commun, afin que l'école connaisse sa richesse ou sa pauvreté, et que les enfants prennent une idée de l'ensemble après avoir eu la connaissance du détail.
Certains instituteurs croient en avoir fini quand ils ont aligné quelques pierres, rempli quelques flacons, piqué quelques insectes : ils ferment l'armoire, tournent la clef : le musée est achevé. Eh non 1 il n'est pas achevé; un musée ressemble à ce beau dictionnaire
Qui, toujours si bien fait, sera toujours à faire.
Tel objet, reconnu inutile, est à retrancher ; tel autre, reconnu nécessaire, est à acquérir; celui-ci, hors d'usage, est à remplacer ; celui-là, d'un usage fréquent, est à doubler. Il faut que le musée s'enrichisse et se renouvelle sans cesse, et surtout (car un musée n'est pas un tas de choses) qu'il s'ordonne et se distribue suivant les lois des classifications scientifiques. Dans certains départements les échantillons sont classés et catalogués, et un ingénieux système d'échange a été organisé.
En un mot, le musée doit développer et entretenir dans l'école une activité permanente ; il en est de lui comme de la bibliothèque. A quoi servirait la bibliothèque, si les livres restaient sous clef? Il est l'honneur et l'orgueil de l'école, et son mouvement, sa