CHAPITRE II
par conséquent faire comprendre. Il ne rencontre plus de ces difficultés inhécentçp à la nature des choses et qu'il devait tourner, ne pouvant les résoudre. Tout peut et doit être expliqué, éclairci, démontré. Le maître n'impose rien ; il présente àJa raison des vérités que la raison admet, parce qu'elles sont conformes à S£s propres lois.
Du reste, l'instruction morale et civique ne saurait se donner sous la forme où se donnait renseignement religieux ; il ne s'agit pas de substituer un questionnaire, un catéchisme à un autre et d'imprimer dans les mémoires les articles d'un code aride et laconique ; il s'agit de rendre sensibles, lumineuses, aimables, ces vérités qui découlent de la nature même de l'homme et -de l'existence des sociétés, et d'amener les enfants à en faire les règles de leur conduite ; il s'agit d'éveiller, . de développer, de fortifier en eux les sentiments qui font la dignité de l'homme, l'honneur des familles et la force des États. L'instruction morale et civique ne doit donc pas être enfermée dans une division ou subdivision du programme scolaire, resserrée dans les limites d'une classe ou d'une heure prescrites, pressée dans le moule étroit de quelques formules inertes, de quelques axiomes solennels; elle doit se répandre dans toutes les parties de l'enseignement, s*y épanouir en développements variés, y reparaître chaque jour, à chaque heure ; elle doit "être la vie, l'âme de l'école. Il faut que l'enfant y respire la morale et le
patriotisme comme on respire l'air, sans y prendre garde ; car, pour bien enseigner la morale, il n'est pas besoin de trop moraliser. La morale annoncée risque d'être perdue. Qu'elle se mêle à tout, mais insensiblement, comme ces principes nutritifs que le savant retrouye dans tous les aliments, mais qui se cachent sous l'infinie variété des couleurs et des formes dont la nature revêt les animaux et les plantes, et que l'homme s'assimile sans s'en douter, même sans les connaître. Ainsi la morale se mêlera aux divers exercices de la classe, aux lectures, aux récitations, aux dictées, aux histoires inventées par le maître, aux récits puisés dans les poètes, les romanciers, les conteurs, aux conversations familières et enjouées, aux graves réflexions sur l'histoire, aux jeux, aux promenades, partout présente saos se faire remarquer* .
Est-ce à dire que la théorie doive être absolument bannie de l'école? Non ; mais elle n'y doit tenir que la moindre place. Il suffira qu'une fois par semaine et de préférence à la fin, le maître, revenant sur les leçons dernières, en fasse exprimer la substance et la mette sous forme didactique; autant que possible, c'est l'enfant lui-même qui doit tirer les règles et les lois morales des faits qui les contiennent, comme le fruit contient la semence; et la chose n'est pas si difficile. Une lecture achevée, une histoire contée, le maître, par ses questions, provoque le jugement de l'enfant sur telle ou telle action des personnages