CHAPITRE II
qui y figurent ; rarement l'enfant se méprend sur la valeur morale des actes soumis à son appréciation. Le maître demande alors à l'enfant s'il jugerait de même tous les hommes qui agiraient de la même manière, et l'amène ainsi sans peine à généraliser son jugement, c'est-à-dire à formuler un principe, une loi. L'enfant devient ainsi son propre législateur; il a- trouvé lui-même la loi; il la comprend, l'ayant faite, et il s'y soumet plus volontiers parce qu'elle s'est plutôt imposée à sa raison qu'elle n'a été imposée à sa volonté.
U ne nous paraît pas indispensable de tracer aux instituteurs un programme de morale ; ces pro- • grammes ne^ manquent pas; nous aimons mieux leur laisser le soin dé distribuer à leur gré les matières de cet enseignement. Seulement le cahier unique devra le samedi soir en porter la trace et en offrir le résumé. Ces résumés eux-mêmes, réunis de mois en mois, formeront peu à peu un véritable cours, que le maître, éclairé par l'expérience, pourra étendre ou resserrer. m ' .
Mais que nos instituteurs ne l'oublient pas : l'enseignement de la morale leur impose à eux-mêmes une obligation morale, celle de mettre leur conduite d'accord avec leur enseignement. De toutes les leçons, la meilleure, c'est la leçon vivante, c'est l'exemple, c'est le maître. Tel maître, tels élèves. Les enfants ont une singulière finesse pour saisir les contradictions entre la conduite du maître et son
langage. L'efficacité de cet enseignement se mesure à la valeur morale de ceux qui le donnent, et, à ce point de vue, nous avons confiance que l'instruction morale exercera une heureuse influence sur nos maîtres eux-mêmes et qu'ils tireront profit de leurs propres leçons.
Quant à l'instruction civique proprement dite, comme en dehors des sentiments qu'elle a pour mission de répandre, elle doit offrir à l'enfant limage même de la société, et lui faire passer successivement sorus les yeux les diverses parties d'un vaste et riche ensemble, il y a là matière à un enseignement méthodique, et par conséquent à un programme qui en trace les limites et en règle la marche.
Nous confions avec sécurité ce double enseignement au zèle éclairé de MM. les inspecteurs primaires, au patriotisme éprouvé de nos maîtres; nous leur demandons sans crainte un grand et généreux effort pour relever l'éducation nationale, pour répondre dignement à la sollicitude du gouvernement et des Chambres, aux sacrifices que le pays s'impose et qui vont croissant sans cesse, enfin pour préparer à la patrie de saines et fortes générations. Notre appel sera entendu (1).
i. Nous ne croyons pas devoir insister davantage ici sur l'instruction morale qui fait le sujet de notre livre intitulé : De l'Éducation à l'école.