‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 213 sur 262 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

mettre eiTplaisir, et ce n'est pas une erreur pédagogique moins grande. L'étude est et doit être un travail ; ce travail n'est pas nécessairement et toujours pénible, aride, ingrat ; il a ses rencontres, ses surprises agréables, ses moments de détente et de repos m r mais il est un travail, et c'est à ce prix seulement qu'il est moralement et intellectuellement fécond. Le proverbe dit : Pas de plaisir sans peine. Retournons le proverbe : Pas de peine sans plaisir. C'est là, c'est-à-dire, à la fin, qu'il faut mettre le plaisir ; là est sa vraie place, et la meilleure ; le plaisir est un fruit, et le fruit n'est pas à la racine.

Il faut donc faire vouloir, il faut obtenir Yeffort y qui de sa nature est pénible, et c'est là que tant de maîtres sont courts ou empêchés. Il y en a qui jettent le froid autour d'eux : rien qu'à les voir, l'enfant est transi, il se retire le plus loin possible ; s'il pouvait s'échapper, comme il prendrait la clef des champs! mais, ne pouvant partir, il reste; il reste et son esprit s'envole.

Il y a d'autres maîtres dont le regard, la voix, le geste, répandent la terreur ; l'enfant tremble, il travaille de peur, mais son esprit se resserre, il comprend mal, ou il ne comprend pas.

Celui qui glace ou effraye, fait le vide autour de lui; il ne gagne pas les cœurs, il n'aura pas les esprits. Dans les écoles normales, il faudrait trouver un procédé pour aimanter les élèves-maîtres. Oui, il faut qu'il y ait de l'aimant dans le maître, il faut que

l'enfant éprouve l'envie de se rapprocher de lui, pour le mieux voir, pour le mieux entendre. Je n'ai pas besoin de dire de quelle nature est cet aimant ; le mot parle ; on n'est aimé que si l'on aime, et le feu seul échauffe. A quiconque entre dans la carrière de l'enseignement il serait bon de faire la question suivante : « Aimez- vous les enfants ? » et, d'après la réponse, de les engager à poursuivre cette carrière ou à y renoncer. Faute de vocation, tout est pénible et rebutant ; avec la vocation, c'est-à-dire avec l'amour de l'enfance, tout devient au moins supportable et souvent agréable. L'enfant répond au sentiment qu'il inspire, il paye son maître de retour et se laisse conduire par lui comme il conduit luimême, sur un bassin plein d'eau, les petits cygnes de zinc avec une tige de fer aimantée.

Le premier gage du succès dans l'éducation, c'est donc la bonté, c'est une fermeté douce et affectueuse. La froideur est stérile ; elle resserre le cœur, elle y dessèche les germes délicats et tendres ; elle produit une sorte de malaise moral, dans lequel la volonté reste inerte et l'esprit végète et souffre. Au contraire, l'enfant qui se sent aimé devient aimantât par suite docile ; car l'affection inspire le désir de plaire et provoque des efforts que le sentiment du devoir ne suffit pas à obtenir. L'enfant du reste nous arrive à un âge où ses défauts ne peuvent être attribués qu'à la nature et à l'exemple, et sont par suite excusables. Que cependant la bonté ne dégénère pas en faibl esse ;

Page 1