‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 215 sur 262 · DES INTERROGATIONS · texte numérisé non relu

DES INTERROGATIONS

SOMMAIRE. — La classe à deux. — Les maîtres loquaces. — Les muets. — Le monologue et le dialogue. — La classe et la troupe d'acteurs. — La classe et l'orchestre. — Rôle du maître. — De l'interrogation. — Des élèves qui demandent toujours à répondre et de ceux qui ne demandent jamais. — Manière de conduire les interrogations et de poser les questions. — Une visite d'inspection, histoire du temps jadis.— Interrogations volantes. — interrogations traînantes. — Juste milieu. — Des questions trop faciles ou trop difficiles. — Des questions sans réponse. — Le meilleur critérium de la valeur pédagogique.

La classe doit être faite en partie par le maître, en partie par les élèves.

Certains maîtres font tout par eux-mêmes, ils parlent sans discontinuer, ils se fatiguent, ils s'épuisent, et cela, sinon en pure perte, du moins sans grand profit. D'autres font ou laissent tout faire par les élèves ; ils parlent rarement et peu ; ils se ménagent ; ils ont des moniteurs sur lesquels ils se reposent; leur rôle se borne à nommer l'élève qui doit parler; quelquefois même ils s'épargnent cette peine et le désignent du doigt; ils sont muets,

et parfois ils font les sourds, pour n'avoir pas à reprendre. Ce sont là deux défauts, mais le premier vaut mieux, car il provient d'un excès de zèle et Ton s'en corrige; le second au contraire vient d'un manque de zèle ou même de conscience et Ton n'en guérit guère.

Je dirai donc aux premiers : Prenez garde de faire mal en voulant trop bien faire, et de nuire en voulant être utiles. Si vous donnez toujours et sans rien demander en retour, l'enfant s'habitue à recevoir toujours et sans rendre jamais. Cela ne vaut rien ni pour vous ni pour lui; pour vous, car, si riche qu'on soit, à donner sans compter, on se ruine à la fin ; pour lui, car, en le dispensant de tout effort, d'abord vous le rendez paresseux, égoïste, ensuite vous ralentissez le développement de son esprit, si même vous ne l'arrêtez tout à fait; moralement et intellectuellement, votre zèle est nuisible. En effet, quel doit être le but de l'éducation intellectuelle et morale sinon de provoquer l'effort de la volonté, effort auquel se mesure le mérite, et l'initiative de l'esprit, qui est la condition du progrès?

Un maître qui parle trop souvent et surtout trop longtemps lasse, émousse l'attention des élèves les meilleurs. Nous autres, qui ne sommes pas des enfants, ne savons-nous pas combien il est difficile et pénible de suivre longtemps la pensée de celui qui parle? ne savons-nous pas quelles ressources de tout genre suppose en un orateur l'art de se faire

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