CHAPITRE XXXVIII
écouter? et quels accès d'impatience donnent à leur auditoire, l'orateur, le conférencier, ou le professeur qui abusent de la parole ou n'en savent pas user ? Même en entendant les maîtres de la parole, ne nous sommes-nous pas plus d'une fois surpris en flagrant délit d'inattention, et n'avons-nous pas dû faire effort pour ramener à l'orateur notre esprit qui lui avait faussé compagnie? Jugeons par là de ce que doit coûter à l'enfant une attention soutenue à des leçons qui ne peuvent pas toujours être intéressantes, soit par la faute du sujet, soit par la faute du maître. Il est bien moins pénible de suivre ses propres idées que de suivre celles des autres, parce que la pensée d'autrui est pleine de surprises et ne peut être exempte d'obscurité ; en écoutant, on ne distingue pas toujours où Ton va, et on ne voit pas toujours où l'on est.
Le rôle du maître, c'est d'apprendre à l'enfant ce que celui-ci ne peut apprendre par lui-même, c'est de lui expliquer ce qu'il n'a pu de lui-même réussir à comprendre. S'agit-il d'une connaissance acquise, il faut exiger de l'enfant qu'il se donne la peine de fouiller dans sa mémoire ; s'agit-il d'un jugement à porter, il faut exiger qu'il fasse usage de sa propre raison ; s'agit-il de découvrir le sens d'un récit, d'une fable, de trouver les développements que comporte un sujet, il faut lui demander une preuve d'attention, un effort d'invention. En un mot, le maître ne doit donner que ce que l'élève n'a pas et ne peut encore
avoir; ils ont chacun leur tâche, et celle du maître commence là où celle de rélève finit.
Voilà pourquoi, à l'école primaire, la classe doit rarement prendre la forme d'une leçon, c'est-à-dire d'un monologue, elle doit être presque toujours un dialogue entre la classe et le maître.
J'ai dit la classe et non pas l'élève et je l'ai dit à dessein. Car nous touchons ici à un autre défaut qui n'est rare ni dans l'enseignement primaire, ni dans l'enseignement secondaire.
Dans toute classe il y a quelques enfants bien doués, d'un esprit vif, pleins d'ardeur et de bonne volonté. Ceux-là ont toujours l'œil éveillé, l'oreille dressée, le doigt levé. Que le maître les interroge et souvent, rien de mieux, car il ne faut pas laisser leur ardeur se refroidir ou s'éteindre ; mais n'interroger qu'eux, eux seuls, c'est faire tort aux autres. Cependant elles sont encore nombreuses, trop nombreuses, lès classes où quatre ou cinq élèves seulement sont mis à contribution, et où les autres sont comme des personnages muets ou de simples assistants. Or, dans une classe bien faite, il ne faut que des acteurs et pas de public; chacun y doit jouer son rôle, rôle plus ou moins important, suivant la pièce et suivant les aptitudes.
Ou bien encore, si l'on me permet une seconde comparaison, une classe doit être comme un orchestre; or, dans un orchestre, il n'y a que des exécutants. La variété des instruments représente