‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 218 sur 262 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

yeux, le meilleur maître est celui qui de tous ses élèves tire le meilleur parti.

Je ne puis résister au plaisir de conter ici unepetite histoire ; peut-être dirai-je un peu de mal d'un inspecteur, mais si peu et sans le nommer ; d'ailleurs, d'inspecteur à inspecteur, la chose ne tire pas à conséquence. Faut-il l'avouer, et non à ma louange, eh bien ! si ces lignes venaient à lui tomber sous les yeux, je n'en serais réellement pas fâché.

J'étais professeur alors (c'était le bon temps) ; de vous dire en quel collège ou lycée, cela ne fait rien à l'affaire. Arrive un inspecteur, inspecteur général ! à un professeur, un jeune professeur, pareille visite cause toujours quelque émoi. Dame, on a son amourpropre et l'on tient à donner de soi une opinion favorable. Je fis donc de mon mieux ou ce que je croyais le mieux, et je m'appliquai à faire parler tout mon petit monde, ne prenant la parole qu'au moment et dans la mesure où je le jugeais convenable. Quand tout fut terminé, j'étais, je l'avoue sans modestie, assez content de ma classe et par conséquent de moimême, et c'est avec une certaine confiance que je regardai l'inspecteur, pour lire dans ses yeux le témoignage de sa satisfaction. Mais, ô déception cruelle ! je ne rencontrai qu'un regard froid, marque non douteuse d'un mécontentement inattendu. Et, pour ne me laisser aucun doute, le proviseur eut l'obligeance de me faire connaître qu'on m'avait trouvé bien sobre et bien effacé. J'en fus tout marri,

mais plus surpris encore. Le lendemain, nouvelle visite. Je ne m'attendais pas à cet excès d'honneur, qui généralement n'est pas un bon signe. Après un moment d'émotion, je me remis pourtant ; me rappelant l'avertissement de la veille, je saisis cette occasion comme une revanche offerte, et, réduisant mes élèves au rôle d'auditeurs, je me mis à parler tout seul et, comme dit M Pernelle (1), tout du long de l'aune. A la sortie de la classe, notre bon proviseur se fit un plaisir de m'apprendre que j'avais été jugé un professeur rare. Si je fus flatté, je vous le laisse à penser, mais pour converti, c'est une autre affaire. J'avais fait une classe pour l'inspecteur, mais pour mes élèves, non. Dois-je le dire? malgré l'adage latin, clair comme du français, errare humanum, perseverare diabolicum, j'ai persévéré. J'ai donné là un bien fâcheux exemple d'indiscipline, mais j'étais si sûr d'avoir raison, et j'en suis si sûr encore ! E pur si muove, disais-je avec Galilée, en rentrant dans ma chaire, et pourtant elle se meut, elle vit, ma classe, et elle avance.

Sans doute, il y a là, comme en toute chose, un milieu à prendre, une mesure à garder, et je ne conseillerai jamais à un instituteur de s'effacer derrière ses élèves, de se dérober en quelque sorte et de s'enfermer dans le silence, surtout en présence d'un inspecteur.

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