‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 219 sur 262 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

Interroger est bien, mais on ne peut, on ne doit pas toujours interroger, et surtout il faut se garder, par défaut d'art ou par abus, de gaspiller en interrogations traînantes ou galopantes un temps partout précieux, mais, plus que partout, à l'école primaire.

Certains maîtres vont si vite en interrogeant qu'ils ne laissent pas aux enfants le temps, je ne dis pas de répondre à la question, mais même de la comprendre ; ils font courir l'interrogation de rang en rang, ils la font voler de tête en tête, c'est comme une traînée de poudre. Mais la question fait ainsi le tour de la classe, sans trouver de réponse, et revient au point de départ, c'est-à-dire au maître, telle qu'elle est partie. D'autres, au contraire, laissent peser indéfiniment sur le même élève une question sans réponse ; il se fait alors un silence accablant pour Télève interrogé, fatigant pour les autres. Ces longs moments d'attente détendent l'attention générale, relâchent ou brisent le fil de la leçon ; ils sont un supplice pour le patient et un ennui pour ses condisciples. Il faut laisser à l'enfant le temps nécessaire pour comprendre la question et pour en chercher la réponse ; si on le presse trop, il se trouble ; si on le laisse trop longtemps sous le coup de la question, il se trouble encore et cesse de chercher, Passe-t-on trop vite à un autre, on enlève souvent au premier le mérite de répondre au moment où il avait la réponse au bout de la langue ;

s'attache-t-on trop longtemps au même élève, il se noie dans le silence où on le tient plongé. C'est une affaire de tact, c'est aussi une affaire d'art, et l'art s'acquiert.

Parfois, on promène une question d'un bout de la classe à l'autre, sollicitant en vain une réponse qui ne vient pas, parce qu'elle ne peut pas venir, c'est-à-dire parce que la question est ou trop difficile ou trop obscure. Si la question est mal posée, c'est au maître à la reprendre et à la rendre plus claire ; si la question dépasse la portée des enfants, c'est au maître à y répondre, sans attendre en pure perte.

J'ai entendu (le cas est rare), j'ai entendu certains maîtres poser étourdiraient des questions dont ils ne savaient pas la réponse. Oh I alors, ils interrogeaient sans fin et avec insistance, passant de l'un à l'autre, pressant, adjurant les pauvres enfants dans l'espoir d'en tirer la bienheureuse réponse et de se tirer d'affaire eux-mêmes ; mais la réponse n'arrivait pas, et l'embarras du maître allait croissant, et les enfants commençaient à échanger entre eux des regards significatifs. En désespoir de cause, le maître tournait court et, laissant la question suspendue, il engageait ses auditeurs à mettre à profit l'intervalle des deux classes pour en trouver la solution. Rarement les malins auditeurs sont dupes de cette retraite, moins savante que commode ; si le maître sait lire dans leurs yeux, ils savent aussi lire

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