CHAPITRE XXXVIII
dans les siens, et ils ne se méprennent guère sur la cause de cet ajournement opportun.
Si j'osais, je demanderais à l'instituteur de préparer ses interrogations, tant je trouve importante et délicate cette partie de sa tâche I Je lui dirais volontiers : « En préparant l'explication de votre lecture, et vous la préparez, vous rencontrerez sans aucun doute des difficultés de tout genre et de tout degré; eh bien, chemin faisant, réfléchissez et dites-vous : je demanderai ceci à Pierre ; je demanderai cela à Jean. Je poserai d'abord cette question, puis celle-ci, puis celle-là et je finirai par cette autre. Tracez votre itinéraire; marquez votre but et plantez les jalons. »
C'est pitié de voir un maître aller à l'aventure, avançant, reculant, revenant, sans ordre, sans suite, sans plan ; tantôt demander à l'enfant ce qu'il ne peut évidemment ni savoir ni deviner ; tantôt poser en premier lieu une question qui n'aurait dû venir qu'à la fin ; tantôt se mettre dans la nécessité d'abandonner la question posée par l'impossibilité reconnue d'obtenir une réponse. Pour ma part je ne connais pas de plus sûr critérium de la valeur pédagogique d'un maître que sa manière d'interroger; je n'en connais pas qui révèle mieux et plus vite ce qu'il peut avoir de jugement, de méthode et de science. En un mot, savoir interroger, c'est savoir enseigner.