‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 222 sur 262 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

dispose à bien faire, prépare à comprendre, entr'ouvre l'esprit, encourage à l'effort. Les hommes d'étude savent par expérience combien le travail, et surtout celui de la composition, devient pénible, ingrat, lorsque l'esprit est embrumé et resserré par l'ennui. Que sera-ce de l'enFant ? La morosité dans un maître est un véritable fléau ; elle devrait être considérée comme un vice rédhibitoire pour l'exercice de sa profession.

Quand je parle de bonne humeur, je n'entends pas dire gaîté évaporée, folâtre ou bouffonne : c'est l'autre extrême. Il ne s'agit pas de rire et de faire rire à tout propos, encore qu'il ne soit ni mauvais ni dangereux de rire de temps à autre; mais de trop fréquents accès de gaîté emporteraient le sérieux nécessaire aux études.

La bonne humeur n'exclut pas le sérieux ; elle n'arrive pas par bouffées et par accès ; elle n'est ni bruyante ni intermittente; mais, égale et douce, elle se mêle à tout, rend tout agréable et facile. Communicative au plus haut point, elle charme, attire, entraîne, aide à travailler, aide à vivra ; c'est comme une atmosphère où l'on se sent à l'aise et dispos, où l'on respire et se meut librement. La bonne humeur du maître est l'attrait de l'école, elle fait que l'enfant y vient volontiers, avec plaisir, et même en chantant.

Cette qualité a sa source dans la bonté aidée delà vocation. Si l'on aime les enfants, comment serait-on

de mauvaise humeur au milieu d'eux? Si Ton a du goût pour sa profession, comment trouverait-on de l'ennui à l'exercer? Aimable, désirable en tout pays, elle devient nécessaire chez un peuple naturellement gai, et qui ne connaît pas d'ennemi plus redoutable et plus redouté que l'ennui.

Loin de nous donc les visages moroses et les fronts renfrognés I ils ressemblent à ces épouvantails que les paysans dressent dans leurs vergers, pour effrayer les oiseaux et préserver les fruits ; eux aussi font fuir les oiseaux de l'école et les détournent de mordre aux fruits de la science.

Mais, me dira-t-on, qu'a de commun la bonne humeur avec la discipline? Le voici : d'où vient surtout l'indiscipline, sinon de ce que les enfants se trouvent mal h l'école et s'y ennuient ? si au contraire les enfants se plaisent à l'école, ils y travaillent ; et le travail, c'est Tordre assuré. Le caractère du maître fait plus pour la discipline que toutes les punitions du monde, car il les rend inutiles.

La bonne humeur et la bonté engendrent ellesmêmes d'autres qualités nécessaires à l'enseignement comme à l'éducation, je veux dire le calme et la patience.

La patience est une qualité que je ne craindrais pas d appeler divine. C'est avec les enfants qu'on peut bien dire :

Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage.

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