CHAPITRE XXXIX
méthode à trouver, une habitude à changer, et il y faut du temps. En attendant, d'aucuns se dé do m magent en criant, en se démenant, en tempêtant; ils font pleuvoir sur leur chétif auditoire les épithètes malsonnantes et les durs qualificatifs. Le plus grand nombre se borne à exhaler des plaintes.
Regrets superflus ! le temps des coups est passé. Dès longtemps bannie de l'armée où elle a paru contraire à la dignité humaine, la brutalité avait son dernier refuge à l'école ; et les moyens disciplinaires qu'on n'osait plus employer envers des hommes, on en usait encore envers les enfants. Elle a été enfin chassée de sa dernière retraite ; c'est un honneur pour le pays.
Hais cet honneur a rendu la tâche difficile aux maîtres ; car d'un côté l'on ne change pas instantanément d'habitude, et de l'autre les enfants euxmêmes, habitués à craindre les coups, comme leurs maîtres à les faire craindre, ne sont pas devenus subitement plus accessibles à la voix de la raison. C'est cependant cette voix qu'il faut les habituer à entendre.
Efforçons-nous donc de faire comprendre aux enfants que la discipline est nécessaire, puisque sans elle il n'y a pas d'enseignement possible ; qu'il est de leur intérêt de l'observer, puisque sans elle ils ne sauraient s'instruire ; que l'enfant indiscipliné se rend coupable non seulement envers son maître qu'il dérange, qu'il trouble, qu'il impatiente, non
seulement envers ses parents dont il rend les bonnes intentions inutiles, mais envers tous "sçs camarades • qu'il empêche d'écouler les leçons du maître. L'élève indiscipliné est une sorte d'ennemi public, qui nuit h tout le monde autant qu'à lui-même. Si, dans un théâtre pu dans un concert, celui qui fait du bruit pendant que les acteurs jouent ou que les artistes, chantent, provoque aussitôt des réclamations et se fait mettre à la porte, que serà?ce de celui qui trouble non pas. le plaisir, mais l'étude, et qui empêche les autres, non de s'amuser, mais de s'instruire ? J'ai vu dans une classe des enfants attentifs à là leçon d'un maître qui les intéressait, imposer eux-mêmes silence à un camarade turbulent. Si le maître parvient à gagner ainsi ses élèves, à les associer à la discipline par le sentiment de l'intérêt commun, il aura bien vite raison clés petits perturbateurs, parce que l'enfant comme l'homme ne tient guère contre le témoignage d'une désapprobation générale, et que le plus souvent les mutins ne résistent que parce qu'ils se sentent soutenus, sinon par la complicité, au moins par la neutralité Se leurs camarades. Quand ceux-ci prennent fait et cause pour le maître et que leur attitude et leur physionomie le montrent, la lutte n'est pas longue, et le maître et le bon sens ont bientôt gain de cause. Nous ne parlons ici ni des punitions ni des récompenses ; ce sujet est traité longuement dans notre livre sur Y Éducation à V École.