‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 226 sur 262 · MANIÈRE DE FAIRE LA CLASSE (SUITE ET FIN · texte numérisé non relu

MANIÈRE DE FAIRE LA CLASSE (SUITE ET FIN

SOMMAIRE. — Le ton. — La voix. — Le regard. — Les tics. — Les appellations. — Le maître en chaire. — Le péripatéticien. — La tyrannie du livre. — Qu'il faut s'en affranchir à tout prix. — Que renseignement n'a de la suite et de la vie qu'autant que le maître le domine. — Friandises : approvisionnement de contes et de récits. — Histoire d'une histoire. — L'Obérôn de Wieland.

^Quel est le ton qui convient à renseignement primaire? Celui de la conversation, d'une conversation animée, qui se tient à -égale distance des emportements de la discussion passionnée, et des lenteurs fastidieuses de la banalité indifférente. Certains maîtres donnent toujours à pleine voix ; ils ne parlent pas, ils crient, ils se fatiguent, fatiguent les enfants ; ils n'instruisent pas, ils étourdissent- D'autres au contraire parlent d'une voix si unifor- • mément grave et baeôe, d'un ton si ennuyé- qu'ils en sont ennuyeux.

L'instituteur doit régler sa voix, la détendre, l'assouplir ; les éclats de voix produisent une sensa-

tion pénible qui trouble et paralyse l'esprit; d'un autre côté, la monotonie et la psalmodie l'engourdissent et l'endorment. On ne saurait croire combien le son d'une voix agréable et bien conduite aide et dispose l'enfant à comprendre et combien il prête de charme à l'enseignement.

* Sans cesse en écrivant variez vos discours, » a dit Boileau; excellent pour ceux qui écrivent, ce conseil n'est pas moins bon pour ceux qui parlent. 11 faut, suivant la nature des idées et des sentiments qu'on exprime, tantôt ralentir et tantôt presser le débit; parfois faire tomber les mots un à un, goutte à goutte, pour laisser à l'esprit le temps de s'en imprégner, parfois les précipiter comme en un courant pour entraîner son petit auditoire ; quelquefois s'ar- J" rêter tout net pour provoquer la réflexion par le silence, et toujours ponctuer son débit.

Tous ceux qui enseignent ont à se défendre d'une habitude fâcheuse qu'engendre l'usage continuel de la parole. Cette habitude consiste dans l'emploi d'un môme mot, d'une môme locution qui revient régulièrement se placer à la fin et même au beau milieu de chaque phrase. C'est quand l'instituteur est jeune qu'il doit s'observer, s'écouter, pour se prémunir contre ces sortes de tics qui font la joie des écoliers malins, et dont la tyrannie finit par devenir invincible.

Il y a un juste milieu à trouver entre une solennité que ne comporte pas l'enseignement primaire et

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