CHAPITRE XL
une familiarité qui compromet la discipline et nuit à l'éducation. Nous né devons ni tenir les enfants à une trop grande distance, ni cependant supprimer toute distance. Pourquoi appeler Monsieur ou jeune homme un écolier de 8 à 12 ans ? N'est-il pas plus simple de lui dire mon ami, mon enfant, ou tout bonnement de l'appeler par son nom ?
J'ai eu quelque peine à m'empêcher de sourire en entendant des instituteurs dire à un bambin : Votre collègue pour dire votre camarade. Ce sont là de petites choses ; mais, en matière d'enseignement, il n'y a rien d'insignifiant.
Ne commencez jamais, tant qu'il y a du bruit dans la classe ; imitez le chef d'orchestre, qui promène ses regards autour de lui et attend, l'archet en l'air, et ne l'abaisse que lorsque le silence s'est établi dans la salle. Si par son bavardage quelque étourdi continue à retarder le commencement de la classe, inutile de crier, de frapper du poing ou du pied : regardez-le fixement, amenez ainsi sur lui l'attention de ses camarades; il est rare que le délinquant soutienne longtemps le regard et l'attention dont il devient l'objet. Savez-vous quel est le véritable instrument de la discipline ? C'est un instrument qui ne fait pas de bruit, mais qui fait de la besogne, c'est l'œil. Les bons maîtres me comprendront : ils mènent leur classe à l'œil. Il y a une manière de regarder les enfants qui les mate; pas n'est besoin de prendre un air terrible et, comme on dit, de
rouler dé gros yeux : non, un regard calme, assuré, où l'enfant sent l'arrêt de la volonté, suffit ; n'ayez pas l'air d'avoir peur, mais non plus de vouloir ■ faire peur ; les enfants obéissent à qui sait commander, ils se moquent de qui veut les intimider.
Certains maîtres font la classe en péripatéticiens, ils se promènent constamment. Sans condamner le maître à une immobilité qui serait préjudiciable h sa santé et qui du reste n'est pas nécessaire, nous l'engageons à monter dans sa chaire toutes les fois qu'il a h faire une de ces leçons qui exigent une attention soutenue. De sa chaire il embrasse et domine son petit auditoire; son regard s'étend sur tous, et tous les regards convergent sur lui ; il lit dans les yeux des enfants et ceux-ci dans les siens; il tient la classe. D'autres exercices, au contraire, comportent et exigent même la circulation du maître ; mais il ne doit pas oublier que ses promenades sont éminemment favorables à la dissipation et au bavardage, qu'elles sont une véritable tentation ; que, dans ses allées et ses venues, les regards intéressés le suivent à la dérobée, guettant le moment propice, et que, tandis qu'il est à un bout de la classe, on s'émancipe à l'autre bout. Je sais qu'il y a un art de se promener et de voir sans en avoir l'air; mais je sais aussi qu'il ne faut pas trop se fier à cet art, et que le plus fin y est pris.
Un des meilleurs moyens disciplinaires est encore l'intérêt qu'on donne à son enseignement. On peut