‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 228 sur 262 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

commander le silence, mais il vaut mieux l'obtenir sans Tavoir commandé. Pour y réussir, il faut intéresser, et, pour intéresser, il faut varier les formes de son enseignement, pétrir de mille £t mille manières la matière enseignée. Comment le pourrat-on, si l'on enseigne avec le livre?

Un livre bien fait est et doit être un auxiliaire, rien de plus. Si avant de faire sa classe, le maître prend la peine de le consulter, d'en extraire la substance, de se l'assimiler, rien de mieux ; si au contraire il disparaît derrière le livre, s'il lui cède la parole, adieu l'enseignement; car on n'enseigne bien que lorsque Ton possède, et l'on ne possède bien que lorsqu'on peut lâcher le livre.

. Je n'ignore pas que ce n'est point chose facile d'arracher l'enseignement primaire à la tyrannie dû livre ; cependant le progrès est à ce prix. Substitué au maître, le livre tue l'initiative, engourdit l'esprit, enlève au maître la chaleur, le mouvement, la vie.

Un préjugé très répandu consiste à croire que l'instituteur n'a pas besoin de préparer sa classe,, sous prétexte qu'il n'enseigne que des choses faciles, et qu'il en sait plus qu'il n'en faut pour les bien enseigner.

D'abord .il n'y a rien de facile dans l'enseignement ; pour qui le comprend, l'enseignement est un art délicat entre tous, qui comporte une série sans fin de progrès. Le véritable maître n'est jamais content de lui : il sent qu'il peut toujours mieux faire,

et il s'y applique sans relâche. Sa joie intime, sa récompense, c'est de sentir qu'il a réussi à mettre chaque jour plus d'ordre, plus de clarté, plus de simplicité, plus d'intérêt dans ses leçons. Le souci du mieux le suit et le poursuit après sa classe et le conduit de progrès en progrès. Cette prétendue inutilité de la préparation est une erreur grossière et intéressée qui a engendré la routine et qui contribue à la perpétuer.

Le maître, voilà le vrai livre, au lieu que, souvent encore, c'est le livre qui est le maître. Maître et livre, ce sont les deux inséparables; si le maître est à sa chaire, le livre est ouvert devant lui; s'il descend et passe de bancs en bancs, il a son livre à la main ; s'il sort et va en promenade, son livre est dans sa poche; s'il a laissé son livre à la maison, il est comme le musicien sans son instrument, il ne peut plus jouer.

Or le livre n'a qu'une forme, froide, inerte ; il est toujours semblable à lui-même, et l'enseignement doit être varié, vivant ; il doit être tour à tour grave ou enjoué, noble ou familier, trouver des tours nouveaux, des images, des comparaisons nouvelles, pour se mettre à la portée de tous, pour pénétrer dans tous les esprits. •

Un autre défaut, conséquence inévitable de la servitude livresque, c'est l'impuissance du maître à embrasser un ensemble de leçons, à les fondre en une seule, qui les résume et les enchaîne. De

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