CHAPITRE III
•et sévères pour eux, faibles et indulgents pour nousmêmes ; qui nous fait prendre nos désirs pour des droits, et exiger d'autrui ce que nous ne devons demander qu'à nous-mêmes. Jaloux de moraliser non moins que d'instruire, il replace sans cesse sous les yeux la limite qui sépare ce qui est permis de ce qui ne peut l'être ; à côté du possible il met l'impossible, à côté du droit il montre le devoir ; s'inspirant des besoins de la. société contemporaine, H donne, des conseils dictés par le bon sens et le patriotisme; il ne craint pas de dire à l'enfant du village : « Reste au pays ; à la ville, on est moins heureux, » conciliant ainsi l'intérêt général et l'intérêt particulier. Sa parole est simple, son ton calme; il se garde des exagérations de langage et des violences ordinaires à la polémique ; il se souvient qu'il est dans une classe et non dans un club ; il enseigne, il ne pérore pas. Ce n'est pas lui qui tranchera ou fera trancher sans hésitation par des enfants de douze ans les questions encore pendantes et les problèmes politiques qui tiennent en échec les plus grandes intelligences depuis des siècles et des siècles; ce n'est pas lui qui cherchera à recruter parmi des écoliers des partisans pour ses opinions personnelles, et qui se livrera à une sorte de propagande aussi déplacée que prématurée. Sa mission est de former des hommes sages et sensés et non des esprits légers et violents, qui jugent sans examen et ne souffrent pas ia contradiction.
L'enseignement civique doit rester un enseignement et ne tourner ni au dénigrement ni à l'exaltation systématiques ; ni à la critique passionnée ni au panégyrique ;il doit être un exposé et une explication, et non un catéchisme et un plaidoyer.
11 n'y a pas -de tendance plus regrettable et malheureusement plus générale que celle qui porte les hommes, les générations, les siècles, les partis à se rabaisser les uns les autres, h se faire leur procès et à se condamner sommairement et en bloc. Aussi n'est-il pas de sentiment donj il importe plus de pénétrer les âmes que celui de la bienveillance et de la justice.
Habituons les enfants à [ voir et à chercher ce qu'il y a de bon dans les hommes et dans les choses, à ne pas perdre de vue que les hommes sont à peu près les mêmes dans tous les temps, que les progrès dont on s'enorgueillit e.t dont on profite, sont parfois dus à ceux-là même qu'on juge avec le plus de rigueur. Ne leur laissons pas croire que tout le bon sens, toute la raison, tout le dévoûment sont d'un côté, et que toute la sottise, tout Tégoïsme, tous les vices sont de l'autre, et ne leur créons pas ainsi des droits imaginaires à la sévérité et à la violence ; faisons-leur comprendre et aimer les institutions républicaines, en leur montrant qu'elles sont plus conformes à la dignité humaine et plus en harmonie avec la justice; mais apprenons-leur aussi à respecter cette dignité dans leurs semblables et à