CHAPITRE III
faire de cette justice la règle de leur propre conduite et de leurs jugements.
Ne comptons pas outre mesure sur la vertu des institutions ; changer les lois n'est pas le plus difficile, et ce changement reste inutile, s'il n'est accompagné d'un changement dans les mœurs. Un pays n'est pas républicain parce qu'il est en république, mais parce qu'il a des mœurs républicaines. Prenons garde qu'on ne dise un jour que nos ancêtres valaient mieux que leurs institutions, et que nos institutions valent mieux que nqus.
En résumé, cet enseignement est nécessaire, mais il est délicat, glissant. Si nos maîtres savent prendre le milieu entre la fausse chaleur des commentaires déclamatoires et la stérile froideur des exposés indifférents et des sèches nomenclatures, l'instruction civique peut devenir un utile instrument d'éducation et de régénération nationales.
Quelle est la meilleure méthode à suivre pour tirer de cet enseignement tout le parti possible, non seulement au point de vue des idées qu'il importe de répandre, des connaissances qu'il faut faire acquérir, mais au point de vue de la conduite même et de la discipline de l'esprit?
Cet enseignement, avons-nous dit, a ceci de particulier, c'est" que l'ensemble- forme un tout complet, qui est l'image de la société, et que cet ensemble se décompose naturellement en un certain nombre de parties dont chacune forme
elle-même un tout bien défini et peut faire l'objet d'une leçon distincte, qui laisse dans l'esprit un dessin net et clair. C'est comme une série de planches, qui, prises séparément, représentent chacune une partie de l'édifice, et qui, rapprochées, représentent l'écKfice tout entier. C'est là pour le maître un précieux avantage ; car il peut ainsi faire entrer une leçon complète dtas l'espace de temps que le règlement lui accorde, et il évite l'ennui de couper un sujet en deux ou trois morceaux qu'il faut recoudre ensuite à plusieurs reprises.
Autre avantage : dans chaque sujet, le maître rencontre ou une organisation et par conséquent un principe avec les applications qui en découlent, ou une hiérarchie et par conséquent une gradation avec les lois qui en règlent l'ordonnance.
Ce principe créateur , ces lois régulatrices , il faudra les dégager, les élever en quelque sorte au-dessus du sujet pour qu'ils en éclairent toute l'étendue. A-t-on, par exemple, à expliquer l'organisation judiciaire de notre pays, on ne se bornera pas à exposer la hiérarchie des tribunaux, ce qui est une tâche relativement facile ; on ne se contentera pas de montrer à la base la justice de paix, de superposer comme par étages les tribunaux d'instance, les cours d'appel, et de placer au sommet, comme couronnement de l'édifice, la cour suprême, la Cour de cassation; maison fera comprendre comment l'édifice entier repose sur un principe fondamental, qui est l'égalité des citoyens