CHAPITRE IV
l'accord n'est donc pas nécessaire. 11 est à remarquer que ni en grec, ni en latin, ni en allemand, les adjectifs cardinaux ne s'accordent avec le nom, tandis que les ordinaux s'accordent; une exception, qui est exception dans quatre langues, sans parler de celles que je ne connais pas, ressemble fort à une règle, et doit avoir sa raison dans la nature des choses.
Je ne prétends pas que toutes les exceptions se justifient sûrement et aisément; je dis seulement qu'il est bon que le maître cherche et l'enfant après lui ; car il faut bien se garder de poser des questions dont on n'a pas la réponse toute prête. Autant vaudrait sauter dans un puits sans savoir comment l'on en sortira.
En général, on se défie trop de l'intelligence des enfants ; on croit aussi trop aisément à des difficultés qui ne sont qu'apparentes, et Ton favorise ainsi sa propre paresse et la leur. Dirigé, stimulé, l'esprit de 1 enfant va vite et loin, et, en matière de bon sens, il est d'une précocité et d'une sûreté surprenantes; d'autre part, l'effort de la recherche, même infructueuse, outre qu'il aiguise l'esprit, fait que l'on comprend mieux ce qu'on n'a pas trouvé par soimême ; de plus il rend plus apte à d'autres découvertes; il est un préservatif *contre les infidélités etles caprices de la mémoire; car on n'oublie guère ce qu'on s'est donné de la peine à chercher; enfin il a pour effet certain de réduire dans de notables proportions le nombre, hélas! trop considérable des
règles inutiles, des prétendues règles, et surtout de ces maudites exceptions, qui sont les parasites de l'enseignement grammatical et dans la multitude ^ desquelles la règle vraie, la règle importante finit par disparaître.
Un exemple entre mille : « Le féminin des adjectifs qualificatifs blanc, franc, sec, etc., se forme non par l'addition d'un e muet, conformément à la règle, mais en ajoutant he au masculin. »
Est-il vraiment bien nécessaire d'enfler la grammaire de l'école de ces volumineuses formules, d'encombrer la mémoire de ces prétendues irrégularités au fond très régulières ? Est-il si difficile d'en faire trouver la cause aux enfants ? Qu'on essaye seulement de leur faire prononcer, une toile sèce, une france explication, une blance voile; qu'on leur demande ensuite s'ils trouvent cette prononciation -agréable et facile; je me trompe fort, ou on les amènera sans peine à reconnaître qu'ici, comme en tant d'autres cas, l'euphonie est la cause de cette irrégularité plus apparente que réelle. L'oreille toute seule et à coup sûr l'usage les préservera d'une faute vraiment difficile, pour ne pas dire impossible à commettre. De combien d'inutilités de ce genre ne pourrait-on pas débarrasser nos grammaires qui devraient ressembler à des maisons simples et confortables, pourvues des meubles et des objets nécessaires, et non à des habitations luxueuses remplies de superfluités et de curiosités sans nombre.