‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 36 sur 262 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

toutes les sciences expérimentales ; et quel plus grand service peut-on rendre à l'enfant que de l'exercer de bonne heure à manier cet instrument si précieux, si puissant ? n'est-ce pas là le meilleur et le plus fécond des apprentissages ?

L'induction est un mouvement spontané de l'esprit ; il faut le transformer en mouvement réûéchi; c'est un élan naturel, souvent fougueux, presque toujours précipité ; il faut le changer en une marche prudente, réglée, mesurée.

La pratique de l'induction n'est pas. du reste un exercice ingrat ; il provoque l'attention, il pique la curiosité, il procure à l'esprit une satisfaction assurée, lorsque après une montée lente et laborieuse il arrive à la vérité générale, qui est la règle, et s'y repose comme sur un sommet, en regardant audessous et autour.

Cette méthode a cause gagnée, du moins en théorie, mais elle n'a pas encore passé dans la pratique. Partout ou presque partout on commence par donner la règle avec ou sans explications, et la dictée suit invariablement.

Il vaudrait mieux commencer tantôt par mettre sous les yeux des élèves un texte choisi dans leurs livres en vue de la règle à découvrir, tantôt par leur faire une dictée composée à dessein, avec des exemples plus ou moins nombreux, plus ou moins rapprochés, plus ou moins frappants, selon l'âge des élèves, de la règle à extraire et à formuler. Il

va sans dire que ces lectures ou ces dictées, que j'appellerais, d'invention ne dispensent pas des lectures et des dictées d'application ; mais elles les préparent, elles les rendent plus intéressantes, parce que l'enfant a le plaisir d'y retrouver ce qu'il a trouvé lui-même, et qu'elles sont en quelque sorte la preuve de l'opération qu'il a faite ; en second lieu, ces dictées d'invention permettent de diminuer le nombre et la longueur des autres, parce que les efforts que l'enfant s'est imposés pour découvrir et formuler la règle, la lui ont imprimée plus profondément dans l'esprit.

Les exceptions sont-elles plus difficiles à faire trouver et formuler que les règles ? Je ne le pense pas. « Les adjectifs terminés au singulier par un s ou un x ne changent pas au pluriel du masculin. » Voilà une formule donnée par la grammaire. Sans doute elle n'est ni obscure, ni difficile à comprendre ; mais elle est abstraite, elle ne représente rien à l'esprit, et il faut un effort d'attention pour la saisir. Au lieu de débuter par cette formule encore vide, que l'on dicte quelques phrases comme celle-ci : « les murs étaient si épais que les doux sons de sa voix ne pouvaient arriver jusqu'à nous ; » il n'est guère d'enfant qui ne soit en état de comparer un singulier avec un pluriel, et s'il les trouve semblables, de constater cette similitude, et de l'énoncer sous une forme claire et précise.

Cet énoncé sera la règle. Si ensuite on lui de-

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