CHAPITRE V
ensuite quelle est dans les mots clochette, maisonnette, planchette, etc. , la partie du mot qui signifie petite ; la réponse n'est guère douteuse. On pourrait leur faire écrire l'un au-dessous de l'autre, les mots clochette et petite cloche, etc., de la manière suivante :
Clock-ETTE, Cloche-PETYTE.
Le sens du suffixe leur sauterait aux yeux. Alors le moment serait venu de poser cette question : Quelle idée exprime donc le suffixe efte ? et de leur faire écrire sur leur cahier la réponse qu'ils feraient, et qui n'est pas douteuse. Voilà comment ils deviendraient les auteurs de leur petite grammaire.
Autre exemple : Qu'est-ce que des combattants ?
— Ceux qui sont réunis pour se battre. Qu'entendon par condisciples ? — Ceux qui sont réunis pour étudier. — Et par concitoyens ? — Ceux qui sont réunis sous les mêmes lois. — Et par commensaux ?
— Ceux qui se réunissent à la même table, etc. Quelle idée exprime donc d'ordinaire le préfixe con ou com ? La réponse est forcée.
La définition des termes, si utile dans l'étude de la langue en général, est d'une utilité bien plus grande encore, ou plutôt d'une absolue nécessité dans l'étude de la grammaire. Je parle surtout des mots qui servent à désigner les diverses espèces de mots, de compléments, de propositions, les formesdes verbes, etc. ,
tous ceux enfin qui ont un degré plus ou moins élevé de généralité, et dont l'intelligence répand comme une traînée de lumière sur des portions entières de la langue. Si les enfants avaient une fois bien compris le sens étymologique et la valeur de ces termes, ils ne seraient pas exposés à des confusions renaissantes, et les maîtres ne seraient pas condamnés à de continuelles et fastidieuses répétitions. Qui n'a remarqué qu'après cinq, six, sept ans d'études, nombre d'enfants en sont encore à confondre les temps avec les modes, et qu'à une question de ce genre : « à quel temps est ce verbe? » ils répondent le plus souvent : à Tinfinitif, au subjonctif, etc, ?
Pour éviter ces méprises, je recommanderais aux maîtres, d'abord de revenir fréquemment sur la définition de ces termes, et ensuite de ne demander jamais qu'une seule chose à la fois ; par exemple, de dire : « A quel temps est ce verbe ? » et d'exiger que l'élève réponde : au temps présent, au temps passé ; « A quel mode est ce verbe ? » et d'exiger qu'il réponde : au mode participe, au mode indicatif. Longue en apparence, cette méthode est en réalité la plus courte. Elle a l'avantage de forcer J'élève à réfléchir au sens du mot sur lequel la question porte, et la répétition obligée du mot contenu dans la question lui rend la confusion presque impossible ; rarement il lui viendra à l'esprit de répondre : « Ce verbe est au temps subjçnctif, au mode futur. » C'est en leur laissant prendre la liberté et l'habitude de ré-