‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 39 sur 262 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

pondre en bloc : « Ce verbe est à l'imparfait du subjonctif passif, » qu'on fait naître et qu'on perpétue les confusions et qu'on perd le fruit du travail de la définition. L'interrogation analytique est la condition d'un bon enseignement, surtout d'un bon enseignement primaire.

Que le maître se garde donc bien de croire qu'il avance parce qu'il va vite, car il lui faudra revenir mainte et mainte fois sur ses pas, et reparcourir le même chemin. Aller et venir n'est pas avancer.

Ce n'est pas non plus du temps perdu que celui qu'on emploie à dégager une racine, à la mettre à nu; car il y a telle racine qui donne naissance à des arbres énormes aux branches nombreuses, aux feuilles sans nombre. Tel petit mot, tel monosyllabe apporte avec lui l'intelligence de vingt, trente, quarante autres mots, où il se retrouve et qu'il éclaire. C'est dans les langues surtout qu'il ne faut pas mesurer l'importance aux dimensions; car les longs mots ne sont que des agrégats. de mots microscopiques. De même, dans le règne animal, les êtres les plus gros ne sont que des composés des cellules ; c'est la cellule qu'il faut étudier avec soin.

A ce propos, j'appellerai l'attention des maîtres sur un fait important, et sinon ignoré, du moins rarement signalé dans les classes primaires; c'est ce que j'appellerais la métamorphose de la racine.

La racine est nécessairement monosyllabique; elle ne peut donc se passer d'un élément vocal, c'estr

à-dire d'une voyelle; car, sans ce secours, elle serait muette, elle ne sonnerait pas. Mais cette voyelle, nécessaire à la constitution de la racine, elle peut changer sans que pour cela la racine change. Il y a telle racine dont la voyelle première se transforme souvent en une autre voyelle. C'est ainsi que dans certains verbes on voit jusqu'à trois et quatre voyelles passer successivement dans la racine et se remplacer d'un temps à l'autre, et cela dans toutes les langues. Exemple ; je vois, je vis, j'ai vu, je verrai (1). On pourrait dire qu'il n'y a en réalité qu'une seule et unique voyelle, dont le son devient plus ou moins grave, plus ou moins aigu, plus ou moins ouvert, mais qui demeure au fond la même.

Au premier rang des mots qui ont besoin d'être définis souvent et avec soin je mettrais la préposition.

La préposition tient peu de place, elle est presque toujours monosyllabique, souvent elle passe inaperçue. Est-ce à cause de sa petitesse, je ne sais ; mais sous un petit volume la préposition enferme et contient beaucoup de sens ; elle reparaît à tout moment et partout, au début, au milieu, à la fin de la proposition, tantôt seule entre les termes qu'elle lie, tantôt unie aux verbes, aux adverbes, aux adjectifs, aux noms ; c'est presque la cheville ouvrière du discours. Il ne faudrait pas mesurer son importance

1. En latin : Percipio, ccpi, captum. En grec : xttvw, «ravov, t<tov«. En anglais : ring, rang, rung. En allemand : brechen brach, gebrochen, brfch.

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