CHAPITRE VI
connues du maître, de leur mettre la craie en main et de leur faire écrire quelques mots corrigés ou exposer quelque règle expliquée. La crainte d'une épreuve, qui peut tourner à leur confusion, les rendra plus attentifs.
Mais ce n'est pas tout de redresser les mots estropiés et de rétablir les règles violées ; il faut encore fixer dans la mémoire la véritable forme des uns et le véritable sens des autres. Sans cela la leçon du maître risque de ressembler à la toile de Pénélope qui se faisait le jour et se défaisait la nuit. Pour réussir à graver les mots, on peut avoir recours à
! divers procédés. En voici un que je recommande parce que je l'ai employé moi-même et que j'en ai
i reconnu l'efficacité. Quand la dictée est finie et . corrigée au tableau, on peut exiger que chaque
' élève écrive, en les corrigeant, à la marge de son
cahier, les fautes qu'il a commises : d'abord parce
que cette petite revue ramène son attention sur ces
fautes ; ensuite parce qu'ainsi détachées, alignées
les unes au-dessous des autres, mises en évidence et
en lumière, l'enfant les embrasse d'un coup d'œil et
qu'elles s'impriment d'elles-mêmes dans sa mémoire.
On peut prendre un surcroît de précaution et faire
recopier à la suite de chaque dictée les fautes ainsi
émargées.
Autre moyen. Il y a, comme je l'ai dit, dans tout
morceau, un nombre plus ou moins grand de mots,
cinq ou six .en mo yenne, dont l'orthographe est . ■ »
difficile, soit à cause de la nature et de l'origine du mot, soit à cause de sa nouveauté ; aussi donnent-ils lieu à des fautes communes. J'engagerais le maître à prendre note de ces mots, puis, quand il en a recueilli un certain nombre, quinze ou vingt, je suppose, à composer lui-même une dictée spéciale, où il fait entrer ces mots recueillis. Pour provoquer un effort d'attention, il peut faire de cette dictée le sujet d'une composition.
Il est bon aussi, à des intervalles plus ou moins rapprochés, de passer une petite revue de ces mots recueillis, soit en les faisant écrire au tableau, soit en les faisant épeler à haute voix. Et à ce propos je crois devoir signaler un mode d'épellation vicieuse m que j'ai trouvé fort répandu. Les maîtres, quelle que soit l'étendue du mot, le font épeler lettre par lettre, sans divisions ni partage. Or un polysyllabe est comme un corps composé de plusieurs membres; ces membres ou parties sont les syllabes et non les lettres ; il faut le décomposer et non le découper ou le déchiqueter. Ce n'est pas après chaque lettre, mais après chaque syllabe que l'enfant doit s'arrêter ; car de cette manière il comprend mieux le mot, il distingue mieux la racine, les préfixes et les suffixes, l'organisme, c'est-à-dire les élément constitutifs de ce mot. Je conseille donc de faire épeler de la manière suivante : com-po-si-ti-on et non c-o-m-p-o-s-i-t-i-o-n.
La dictée, indépendamment de son utilité propre