CHAPITRE VI
qui est d'apprendre l'orthographe et la grammaire, la dictée, dis-je, est pour l'instituteur un moyen commode et sûr d'étendre et de compléter l'instruction primaire. Si parfois des élèves intelligents échouent pour l'orthographe aux épreuves du certificat d'études ou du brevet élémentaire, c'est que, dans le choix des dictées, le maître s'est enfermé dans un cercle trop étroit, qu'il n'a pas su varier assez les sujets, et faire passer sous la plume des élèves un assez grand nombre de mots différents. Au double point de vue de l'instruction générale des élèves et de la préparation des candidats aux examens primaires, la dictée a donc une importance capitale, elle doit suppléer à l'insuffisance inévitable des lectures. Si le maître a de l'habileté et de la prévoyance, il s'arrangera de manière à parcourir en deux ou trois ans le cercle complet des connaissances usuelles ; il se composera lui-même, soit à l'aide de ses propres lectures, soit à l'aide des livres etdes journaux d'instruction primaire, un recueil de dictées qui comprenne à la fois l'application des règles essentielles et l'ensemble des connaissances indispensables. Il empruntera tour à tour ses sujets aux sciences mathématiques, physiques et naturelles, morales et politiques; aux arts libéraux et aux arts d'agrément, aux métiers et aux professions, au commerce, à l'industrie et h l'agriculture. Il comblera d'année en année les lacunes de son recueil, jusqu'à ce qu'il ait à peu près rempli le cadre d'une petite
encyclopédie élémentaire. Il aura ainsi, sans grande difficulté, montré successivement à l'enfant toutes les voies que l'esprit humain s'est frayées vers la vérité, il l'aura amené tout doucement à embrasser le domaine de l'intelligence et l'ensemble des choses; il aura éveillé sa curiosité et provoqué le développement de ses aptitudes. Et qu'on ne me dise pas que je demande l'impossible ; il ne faut ici qu'un peu de méthode et de suite. Quelle difficulté y a-t-il, par exemple, à prendre la liste des arts et à choisir une ou deux pages sur l'architecture, sur le dessin, sur la peinture, sur la gravure, sur la sculpture, sur la céramique, sur la musique, etc. ; à prendre ensuite la liste des sciences et à. emprunter un ou deux sujets aux mathématiques, à l'astronomie, à la physique, à la chimie, à la zoologie, à la botanique, à la minéralogie et ainsi de suite? — N'est-il pas surtout facile autant qu'utile de s'enquérir des diverses professions ou métiers qu'exercent les parents des enfants de l'école et que ceux-ci exerceront un jour, de se renseigner sur tout ce que le canton, l'arrondissement, le département, la région offrent d'instructif aux points de vue archéologique, pittoresque, géographique, agricole,, industriel, commercial, littéraire, artistique et de former ainsi un recueil de sujets d'un intérêt local, qui serait le complément du recueil composé de sujets d'un intérêt général? Les parents sauraient gré .à l'instituteur d'une préoccupation