CHAPITRE VI
maître, leur petit lexique de mots techniques ou savants?
D'abord les éléments des sciences physiques et naturelles que les programmes de 1882 ont fait entrer dans renseignement primaire, ces éléments amènent inévitablement un nombre considérable de ces mots énigmatiques. Qui empêche de les prendre, au fur et à mesure qu'ils se présentent, et, une fois bien définis, de les ranger dans le petit vocabulaire? Puis, quand la colonne est remplie, le maître emploie, de temps à autre, un quart d'heure, une demi-heure, à les faire défller et définir.
L'histoire, la géographie, l'instruction civique, la leçon de choses, la promenade scolaire fournissent aussi chacune un contingent de termes difficiles et contribuent à garnir les colonnes du vocabulaire.
En ma qualité de vieux professeur, j'aime à citer ma propre expérience. Voici donc un moyen que j'ai employé plus d'une fois avec des enfants de nationalité étrangère, qui commençaient à parler notre langue. Vis-à-vis des mots techniques, presque toujours latins ou grecs, les enfants de nos écoles sont à peu de chose près dans la même situation qu'un enfant étranger vis-à-vis de notre langue. Je choisissais un ou deux sujets déjà connus de mon élève, un vaisseau, par exemple, que nous visitions en imagination. Je servais de guide, montrant et décrivant. Quand nous rencontrions un mot inconnu
de l'enfant, les mots vergue, hune, carguer, par exemple, vite on ouvrait le recueil, et le mot y prenait place. A chaque leçon, nous nous bornions à six ou huit mots, pour ne pas charger et troubler la mémoire. Puis nous avions nos revisions hebdomadaire, bi-mensuelle, trimestrielle et finale. Avec cette méthode très simple, l'enfant acquérait vite un fonds de termes difficiles, bien définis et bien classés dans son esprit.
Car dans ces sortes de visites descriptives, je m'astreignais à suivre un ordre rigoureux, de telle sorte que, tout en enrichissant sa mémoire, l'élève contractait l'habitude de l'observation méthodique. Si je prenais un arbre, nous commencions par la racine et passions par le tronc, les branches, les rameaux, les bourgeons, les feuilles, les fleurs, pour arriver à la graine. Si je choisissais un monu-' ment, nous partions des fondations pour nous élever par degrés jusqu'aux combles. Ce moyen est bon pour l'étude de la langue ; il ne Test pas moins pour la discipline de l'esprit.