‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 47 sur 262 · LECTURE EXPRESSIVE ET RÉCITATION · texte numérisé non relu

LECTURE EXPRESSIVE ET RÉCITATION

SOMMAIRE. — Des difficultés à vaincre. — L'accent local. — Moyens que peut employer l'instituteur pour s'en guérir. — Que l'importance de la lecture à haute voix est aujourd'hui vivement sentie. — Des deux espèces de livres auxquelles ce besoin a donné naissance. — Le livre trop obligeant. — La récitation à la mécanique. — Que l'intelligence du texte est la première condition d'une bonne récitation. — Que pour bien lire il faut penser les pensées et sentir les sentiments de l'auteur. — Du choix des morceaux. — Des exercices préparatoires à la lecture. — Des règles essentielles à la récitation : l'inflexion, l'accent, le mouvement. — Procédés à employer pour faire retrouver à l'enfant le ton et les inflexions naturels. — Exemples. — De la concordance entre les sentiments de Fâme et les inflexions de la voix. — Inflexions forcées. — Du mouvement de la phrase. — Comment on doit le régler. — Du mot de valeur. — Utilité de sa recherche. — Exemples. — Résumé.

Quel q.ue soit l'objet d'un enseignement, la première, chose à faire est de se demander quelles sont les difficultés qu'il présente ; et la seconde de chercher les moyens de vaincre ces difficultés. Elles tiennent, pour l'ordinaire, soit à la nature même de l'esprit,, soit à des circonstances particulières. Pour enseigner à bien lire, il faut avant tout bpen pro-

nonccr ; or la prononciation rencontre presque partout, dans l'accent local, un obstacle dont on vient malaisément à bout : d'abord parce que l'enfant parle et longtemps avant de lire et que par suite il apporte à l'école des habitudes déjà enracinées ; ensuite parce qu'une fois hors de l'école, partout ce même accent résonne à ses oreilles et défait presque aussitôt ce que le maître vient de faire ; mais le plus grand obstacle vient souvent du maître, qui, étant du pays, n'est pas exempt de la contagion et ne songe pas à guérir dans les autres un mal dont il est atteint, mal dont il ne souffre pas et que parfois il ignore ou qu'il aime. On ne peut guère se soustraire à l'influence de l'air ambiant ; il faut donc en prendre son parti, et faire, comme on dit, la part du feu, c'est-à-dire de l'accent. Mais en tout il y a une mesure, et si l'instituteur a quelque droit à l'indulgence parce qu'il traîne ou relève la voix à la mode de son pays, parce qu'il rend brèves des voyelles longues, ou longues des voyelles brèves, il n'en est plus de même lorsqu'il écorche ou estropie les mots, lorsqu'il change Y omnibus en onibus y • le maître adjoint en ajoint, ou lorsqu'il enrichit les mots de syllabes nouvelles et que d'une statue il fait une estatue et d'une station une estation. Alors il est inexcusable, parce qu'il viole des règles parfaitement établies, règles qu'il doit enseigner et partant observer.

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