CHAPITRE VII
Il faut donc qu'il commence par se corriger luimême pour pouvoir corriger les autres. Mais le moyen ? Le moyen est bien simple ; et demande plutôt un effort de volonté qu'un effort d'intelligence.
L'instituteur n'a qu'à dresser la liste des vocables que sa province s'obstine à déformer ; il trouvera toujours quelque personne charitable, étrangère à la localité, pour l'aider à composer cette liste indispensable. Cela fait, il n'a qu'à s'imposer résolument un exercice quotidien de prononciation correcte; c'est un régime à suivre et qui ne peut manquer d'être efficace, s'il est ponctuellement suivi et suffisamment prolongé.
Mais, pour bien lire, il ne suffit pas de bien prononcer ; il faut, suivant l'expression consacrée, donner le ton, c'est là le principal et c'est aussi le difficile. Je n'apprendrai rien à personne en disant que l'art de la lecture est chez nous aussi négligé qu'incompris; beaucoup même n'en soupçonnent pas l'existence, et croient qu'on sait lire quand on lit couramment.
Cependant, d'un côté, le développement de la vie politique et les fréquentes occasions qu'elle crée de lire à haute voix, de l'autre le développement du goût de la lecture dans la vie de famille et de société, ont remis en honneur un talent si utile et si agréable. L'ennui que cause un lecteur monotone et malhabile, la nécessité qu'il impose à ses auditeurs ou
de redoubler d'attention pour saisir un sens qui leur échappe, ou de redoubler d'efforts pour vaincre le sommeil qui les gagne, ont fait plus vivement sentir le besoin d'un progrès qui répondît aux exigences et au goût du temps.
Le mieux était de prendre le mal à sa source, c'est-à-dire à l'école, puisque c'est à l'école qu'on apprend à lire et que l'on garde communément pendant toute la vie, avec une malheureuse et paresseuse fidélité, les mauvaises habitudes qu'on y a contractées. Ce retour de faveur a donné naissance à deux sortes de livres, les uns en petit nombre écrits par des maîtres dans l'art de bien lire, comme M. Legouvé, les autres plus nombreux et particulièrement destinés aux écoles, écrits par des hommes bien intentionnés, mais moins bien inspirés. Les premiers sont peut-être un peu au-dessus de l'enseignement primaire, mais les autres sont audessous. 11 y a un milieu à trouver.
Ces derniers me semblent moins faits pour rendre la lecture expressive que pour en fausser l'expression. Les auteurs de ces ouvrages poussent vraiment l'obligeance jusqu'à ses dernières limites, et par l'abondance et la surabondance de leurs commentaires et de leurs indications, ils ne laissent presque plus rien à faire ni à l'élève qu'ils dispensent de la réflexion, ni au maître qu'ils dispensent de l'explication. Ils prennent un texte, ils le suivent ligne par ligne, et presque mot par mot, l'accompà-