CHAPITRE VII
gnant et le soulignant, à l'italienne, comme un air de musique, de crescendo, de decrescendo, de con grazia, con amore, con moto, de staccando et de legando, et autres signes secourables, qui témoignent dune défiance peu flatteuse pour l'intelligence ou la bonne volonté du lecteur. Enseigner, ce n'est pas tout dire, c'est faire chercher, c'est faire trouver. Porter les enfants n'est pas un bon moyen de leur apprendre à marcher. Tous ces pressez, ralentissez, glissez, appuyez, gaiement, tristement, plus haut, plus bas, quand ils sortent de la bouche du maître, après ou pendant l'explication, peuvent encore être utiles ; mais, venant du livre, ils ont pour effet immanquable de supprimer le maître et d'étourdir l'élève.
Ou celui-ci a compris le morceau, et alors ce luxe de conseils est sans utilité ; ou il n'a pas compris, et dans ce cas on le change en machine.
Ce n'est pas du dehors que viennent le naturel et l'accent, c'est du dedans. La lecture est une traduction, et, pour traduire, il faut comprendre. Une bonne explication est donc la condition et le prélude obligé d'une bonne récitation.
L'art de la lecture est assurément l'un des plus compliqués, et des plus délicats ; il n'en est guère qui demandent plus de finesse d'esprit, plus de sensibilité, plus de goût, surtout si au débit l'on ajoute le geste; mais l'école n'est pas le théâtre, et les enfants d'une école primaire ne sont pas des acteurs de la Comédie-Française. Il ne s'agit donc pas de les
initier à tous les secrets de la déclamation, ni d'exiger qu'ils rendent avec une fidélité scrupuleuse les moindres nuances de la pensée et du sentiment. Ce qu'on peut raisonnablement leur demander, et ce qu'on peut en obtenir, c'est qu'ils lisent et récitent d'une manière intelligente, d'un ton naturel, celui d'une conversation tantôt familière et tantôt élevée, suivant la nature des sujets. Aller plus loin, viser plus haut, ne serait pas seulement une erreur, mais une imprudence ; à forcer la mesure, on risquerait de donner aux enfants l'habitude et le goût de la déclamation, et nous avons assez de déclamateurs. Gardons-nous de l'excès, on arrive à faire mal pour vouloir trop bien faire.
Dans certaine école, bonne école cependant et bien dirigée, j'ai assisté un jour à une récitation que je n'oublierai jamais. On avait pour leçon, le Meunier de Sans-Souci, ce petit chef-d'œuvre d'esprit, de bon sens, de naturel et de simplicité. L'enfant récitait ou plutôt déclamait avec une assurance surprenante, avec de grands éclats de voix et de grands mouvements des bras. Les camarades étaient dans l'admiration, et le maître, malgré sa modestie, laissait percer une visible satisfaction.
De son côté, le petit bonhomme paraissait enchanté de lui-même, et tout fier de montrer à M. l'Inspecteur comment l'on récitait à son école. Cette récitation n'était pourtant qu'un long et parfait contresens. J'aurais eu mauvaise grâce à marquer du mé-