‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 50 sur 262 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

contentement; il y avait là tant de bonne volonté ! Je me bornai donc à prendre le livre et à lire le morceau sur le ton où il a été écrit. Le maître, excellent maître du reste, comprit; mais cela jeta un froid dans la classe, et je me retirai, regrettant presque ma leçon.

Pour bien lire, il est clair qu'il faut prononcer correctement, articuler nettement, tenir compte de l'accentuation et surtout de la ponctuation. Mais ce sont là des conditions en quelque sorte matérielles et qu'il est à peine besoin de rappeler. Elles sont indispensables, et cependant on peut les remplir, et lire en dépit du bon sens.

Si, au lieu de lire, c'est-à-dire d'exprimer les idées el les sentiments d'un autre, avec les mots et les tours qu'il a choisis, si, dis-je, on exprimait ses propres pensées, dans son propre langage, le ton serait naturel, et l'accent serait juste.

Il faut donc, pour trouver l'accent vrai, le ton convenable, il faut penser ce qu'a pensé l'auteur, sentir ce qu'il a senti, il faut s'identifier avec lui. Gela ne va pas sans un certain effort, car il n'est pas aisé de se laisser de côté soi-même, ne fût-ce qu'un instant, de se mettre au lieu et place d'un autre, et de prendre son àme et son langage. Si cette substitution n'implique pas l'égalité intellectuelle et morale, au moins exige-t-elle quelque ressemblance. En d'autres termes il est absurde de demander à l'enfant qu'il récite ■ avec intelligence des morceaux qu'il ne peut com-

prendre, et qu'il exprime avec fidélité des passions qu'il ne peut ressentir.

. Pour obtenir une récitation sincère, commençons par faire des choix judicieux.

Quand on a trouvé un morceau en rapport avec l'âge des enfants et leur degré de culture, quand on est sûr de l'avoir bien compris, quand on s'est exercé soi-même à le bien lire, alors on peut le mettre à l'étude.

Le premier soin du maître sera d'indiquer aux enfants le but, le caractère principal et le ton général du morceau.

En effet il importe au plus haut point que l'enfant sache, d'abord, si l'auteur se propose ou de l'instruire, ou de l'égayer, ou de l'émouvoir, quelle vérité morale ou autre il veut lui enseigner, quel sentiment il veut lui inspirer, amour ou haine, admiration ou mépris. Si le morceau est une fable, un conte, un récit, une scène, un portrait même, avant d'en commencer la lecture, il sera bon de le raconter afin de mettre les enfants sur la voie, et de leur faire prendre le courant des idées et des sentiments qu'ils vont avoir à rendre.

Cela fait, on peut entrer dans le détail, et voici

quelques règles bien simples, dont l'intelligence et l'observation suffiront à donner à la récitation scolaire les qualités qu'elle comporte et qui lui font défaut.

Le fléau de la récitation, c'est la monotonie ; le

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