‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 51 sur 262 · CHAPITRE VÎI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VÎI

style n'est que la parole écrite, parole soignée, châtiée, mais enfin parole. L'auteur qui écrit, parle ; et s'il a recours à l'écriture, c'est que sa voix ne pourrait être entendue de tous ceux auxquels il s'adresse, et que la parole porte la pensée, mais ne la conserve pas; verba volant, scripta marient. Ce que l'on dit s'envole, ce que l'on écrit reste. Réciter, c'est par conséquent changer l'écriture en parole.

Si, quand nous parlons, nous voulons bien nous écouter nous-mêmes et de l'oreille suivre notre voix, nous remarquerons aisément qu'elle change atout instant de direction, d'accent et de mouvement. Elle monte ou descend, rarement elle se meut en droite ligne ; tantôt elle est grave, et tantôt aiguë ; ici elle se ralentit, là elle se précipite.

Ces observations qu'on peut faire sur sa propre voix, ou plus aisément encore sur la voix des autres dans la conversation ordinaire et surtout dans une conversation animée, ces observations, dis-je, contiennent en germe les règles essentielles de la lecture. L'inflexion, l'accent, le mouvement, c'est presque le tout de la récitation. En réalité ces règles se réduisent à une seule, l'imitation de la nature. Mais comment y réussir ?

Quand nous lisons une phrase, demandons-nous quel est le sentiment, quelle est la passion que Fauteur a voulu exprimer dans cette phrase? Je prends des exemples dans les morceaux connus :

Cependant que mon front, au Caucase pareil, Non content d'arrêter les rayons du soleil, Brave l'effort de la tempête.

(Le Chêne et le Roseau.)

N'est-ce pas l'orgueil qui éclate dans ces vers ?

Vous avez bien sujet d'accuser la nature !

Un roitelet pour vous est un pesant fardeau.

(Ibid.)

Ceux-là respirent une pitié dédaigneuse et blessante.

Passe encore de bâtir, mais planter à cet âge ! Assurément il radotait!

(Le Vieillard et les trois jeunes Hommes.)

Voilà de la moquerie impertinente.

L'autre lui dit : Qu'allez-vous faire ?

Vous allez quitter votre frère?

L'absence est le plus grand des maux, Non pas pour vous, cruel.

(Les deux Pigeons.)

Dans ce reproche on sent la tendresse du cœur.

L'enfant qui voudra bien réciter ces vers devra donc chercher le ton de l'orgueil, du dédain, de la moquerie, des reproches. Où le trouvera-t-il ? dans sa mémoire ; car assurément il lui est arrivé plus d'une fois de se vanter, de faire le dédaigneux, de se moquer de ses camarades ou de leur adresser des reproches. Avec un peu de bonne volonté, il retrouvera sans peine l'accent que prend -naturelle-

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