CHAPITRE VII
ment sa voix, quand il éprouve et qu'il exprime ces divers sentiments.
Pour l'y aider, on peut lui faire traduire en langage familier, en langage d'écolier, le sentiment qu'il doit rendre ; rien n'est plus facile ; une fois le ton saisi, on reprend sur ce ton la phrase de l'auteur un moment écartée.
J'ai vu certains instituteurs employer avec succès un autre procédé. L'enfant commence à lire, en psalmodiant, suivant l'usage. Le maître l'arrête. « Fermez votre livre, lui dit-il, tournez-vous vers votre camarade, et dites-lui ce que vous venez de lire. » Instantanément le ton change et redevient naturel.
Mais il faut appliquer ces procédés de bonne heure, dès les premières lectures ; car, une fois prise, cette maudite habitude de la psalmodie est plus difficile à extirper que la plus vivace des plantes. Il est mille fois plus aisé de faire prendre une bonne habitude que d'en faire perdre une mauvaise.
Entre les mouvements de l'âme et les mouvements de la voix il existe des rapports sensibles et constants, qui font que partout, dans toutes les langues, les mêmes passions se traduisent par des inflexions semblables, à tel. point qu'en entendant une personne parler une langue étrangère, on devine parfois, sans pourtant la comprendre, si elle interroge, si elle commande, si elle menace. U est vrai que le visage, le geste et l'attitude sont un commen-
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taire du langage ; mais l'inflexion seule est déjà une révélation. Ce n'est pas ici le lieu de rechercher le principe de cette concordance aussi mystérieuse que certaine entre, l'âme et la voix; bornons-nous à remarquer qu'en général les sentiments violents poussent la voix jusqu'à ses limites extrêmes, jusqu'au cri, et que les sentiments doux et tendres la font redescendre jusqu'au murmure, tout voisin du silence. La voix monte irrésistiblement, quand on interroge avec passion; elle baisse, elle tombe avec les exclamations douloureuses. Je mets au défi de prononcer les passages suivants Fans relever la voix au premier et sans l'abaisser au second :
Rodrigue, as-tu du cœur ?
(Le Cid. Acte I, scène II.;
O nuit désastreuse I ô nuit effroyable ! où retentit tout à coup cette étonnante nouvelle : Madame se meurt ! Madame est morte !
(Oraison funèbre de la duchesse d'Orléans.)
Et remarquez que des gestes analogues, involontaires, accompagnent invariablement ces mouvements de la voix ; avec elle le bras se lève, et il tombe avec elle.
Ainsi la poussée des passions violentes et l'accablement des sentiments pénibles ou font parcourir à. la voix tous les degrés d'une gamme ascendante, ou lui font descendre lentement les degrés d'une gamme renversée ; on pourrait aisément