CHAPITRE VII
répartir sur les notes d'une gamme montante les mots des vers suivants :
Auras- tu donc toujours des yeux pour ne rien voir, Peuple ingrat, et toujours les plus grandes merveilles Sans ébranler ton cœur frapperont tes oreiUes ?
(AthcUie act. II, scène n.)
Est-il aucun moment Qui vous puisse assurer d'un second seulement?
{Le Vieillard et les troiê jeunes Sommes.)
et réciproquement il serait facile de ranger le long dune gamme descendante les mots des vers suivants :
O cruel souvenir de ma gloire passée !
Œuvre de tant de jours en un jour effacée!
(Le Cid, acte I, scène iv .)
Sans doute entre ces deux mouvements simples et contraires il y a mille inflexions composées et nuancées ; mais les formes interrogatives et exclamatives sont en quelque sorte les deux courants les plus ordinaires et les plus puissants de la passion, et l'enfant qui aura su plier sa veix à les suivre aura par là même appris à faire vivre sa récitation.
Ce n'est pas assez de trouver l'accent vrai, l'inflexion naturelle, il faut aussi savoir régler le mouvement du débit.
Il en est de l'allure de la phrase comme de notre propre allure; tantôt Ton marche et tantôt Ton,
court; parfois on ralentit et parfois on presse le pas ; ainsi de la parole, tantôt égale et tranquille, tantôt vive et saccadée; parfois lente et retenue, parfois rapide et précipitée. La parole sort de l'âme comme d'une source ; ou elle en tombe goutte à goutte, ou elle en coule h flots paisibles, ou elle s'en échappe à gros bouillons. C'est l'âme qui lui imprime son mouvement ; ce mouvement, il faut le suivre dans la récitation. Voici deux passages tirés des fables de La Fontaine.
« Regardez-bien, ma sœur :
Est-ce assez? dites-moi ; ny suis-je point encore? — Nenni. — M'y voici donc? —Point du tout? — M'y voilà?
La grenouille brûle d'arriver à la grosseur du bœuf ; aussi ses questions sont-elles brèves, rapides, pressées ; il faudra se hâter avec elle.
Hé, bonjour, monsieur du Corbeau!
Que vous êtes joli ! que vous me aemblez beau Sans mentir, si votre ramage, etc.
Le renard, qui sait son métier, ne se presse pas, il appuie sur chaque mot, il laisse au corbeau le temps de goûter, de savourer «es flatteries. Il faudra faire comme lui et imiter sa lenteur volontaire.
Prenons encore deux passages, l'un dans la satire de Boileau, intitulée Les Embarras de Pans :
Là d'un enterrement la funèbre ordonnance D'un pas lugubre et lent vers 1 église s'avance.