CHAPITRE VIII
n'en est guère de plus utile, pour ne pas dire de plus nécessaire.
C'est par lui que l'enfant apprend à bien lire et à goûter ses lectures ; c'est par lui que le maître apprend à connaître ses élèves, qu'il les essaye et les sonde, qu'il les dirige et les stimule; un maître qui sait expliquer un texte a sa classe dans la main. L'explication est une œuvre commune, chacun y prend part ; ce qui échappe aux uns, les autres le trouvent ; il y a pour tous plaisir et profit ; rien de plus intéressant, rien de plus vivant.
Le choix des sujets, l'accent de la voix, le commentaire du texte donnent au maître un triple moyen d'action ; avec ces ressources, il peut conduire les esprits jusqu'au bout de leur portée, il peut les ouvrir, les étendre et les enrichir, il peut éveiller tous les bons sentiments, faire vibrer toutes les fibres du cœur.
Le choix des sujets varie avec les incidents de la vie scolaire; il dépend de l'intention du maître. Grâce aux nombreux recueils que met à sa disposition l'ingénieuse et infatigable activité des éditeurs contemporains, on peut dire qu'il n'a que l'embarras du choix. Je lui conseillerais seulement de s'arrêter de préférence aux écrivains les plus parfaits, et de se tenir en garde contre certains morceaux tirés d'auteurs peu connus, auxquels on a fait trop d'honneur en les mêlant aux plus grands noms. Un texte choisi pour l'explication doit être irréprochable sous tous
les rapports ; il doit être un modèle. Quand nous avons tant de pages de premier ordre, pourquoi descendre au médiocre? D'ailleurs, à l'école, le temps est mesuré, on n'en a pas à perdre ; et avec les enfants, à cause de leur âge, toute méprise, toute erreur est dangereuse ; il ne faut ni faire d'essais, ni faire de faux pas ; il faut aller à coup sûr. • x
Après le choix, la lecture ; ♦ j'en ai donné plus haut les règles essentielles ; il me reste à parler de l'explication elle-même. Ce n'est pas la partie la moins difficile, et cependant c'est peut-être la plus négligée.
Une erreur très commune consiste à croire que* la lecture d'un texte français n'a pas besoin d'être préparée, par la raison que ce texte est écrit en français et que le lecteur est français lui-même.
Eh bien, dussé-je surprendre mes propres lecteurs et paraître paradoxal, je leur dirai : c'est précisément parce qu'un texte est français, qu'il demande, qu'il exige une préparation toute particulière. D'abord il est honteux pour un maître d'être pris devant ses élèves en flagrant délit d'ignorance de sa propre langue, et c'est pourtant ce qui arrive infailliblement à quiconque s'aventure à la légère dans un texte français ; car celui-là est sûr de se heurter, ici ou là, à quelque terme ancien ou nouveau, ou rare, dont le sens lui sera mal connu ou même inconnu ; et s'il a la bonne fortune de n'en