‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 62 sur 262 · CHAPITRE VIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIH

En vérité ces impertinents, ces raisonneurs, ces égoïstes, ces railleurs, ces insolents méritent une bonne et rude leçon. *

On le voit, dans ces vers, il n'y a pas un détail, pas an motqtû ne soit de nature à nous indisposer d'abord, puis à nous irriter, et enfin à nous révolter; on peut bien dire que ces jouvenceaux poussent du pied le vieillard dans la tombe en l'accablant de leurs railleries et de leurs mépris.

Maintenant, écoutons le vieillard ; tout ce qui va sortir de ses lèvres sera de nature à nous inspirer une sympathie croissante.

Ai^si moqué, morigéné, offensé, un autre se fût abandonné à un transport de colère ; il eût rendu i raillerie pour raillerie, outrage pour outrage ; et personne ne s'en fût étonné, personne ne l'aurait 1 blâmé ; sans doute, mais le but eût été manqué. Voyez au contraire avec quel calme il répond! comme il est maître de*lui-méme :

Tout établissement k Vient tard et. dure peu. La main des Parques blêmes

De vos jours et des miens se joue également.

Le flot amer des railleries n'a pu troubler la sérénité de son âme ; l'égoïsme des .jeunes gens, leur bassesse de cœur n'ont fait qu'élever ses sentiments et son langage, qui se colore de reflets poétiques.

Qui de nous des clartés de la voûte azurée Doit jouir le dernier ?

Lui, à son tour, donne une leçon, mais sans aigreur et sans amertume; c'est la sagesse, c'est le bon sens qui parle par sa bouche I Puis c'est la bonté de son cœur qui se répand dans cet admirable vers :

Mes arrière-neveux me devront cet ombrage /

Pauvres jouvenceaux! que votre vue était courte, votre jugement faux et injuste ! c'est pour vous, c'est pour votre âge que le vieillard se donne tant de mal. Mais il jouit en imagination du plaisir qu'il prépare et de la reconnaissance qu'il s'assure; les arbres qu'il plante sont tout petits encore, et pourtant voilà que dès aujourd'hui il y cueille un fruit délicieux :

Cela même est un fruit que je goûte aujourd'hui.

Comment ne pas aimer, respecter, admirer un vieillard dont la touchante prévoyance embrasse l'avenir, dont la main tremblante se fatigue pour ceux qui ne sont pas encore !

Avec quelle sûreté le poète marche à son but I Le châtiment, quel qu'il soit, ne paraîtra pas trop sévère. Mais le vieillard ne le demande pas, il se borne à dire ce qui peut arriver :

Je puis enfin compter l'aurore Plus d'une fois sur vos tombeaux.

Et quand ses craintes se sont réalisées, ses larmes

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