‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 64 sur 262 · CHAPITRE IX H · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX H

à trouver au même degré dans tous ceux qui enseignent. On a plus vite fait de s'approvisionner d'histoire et de géographie, de prendre une teinture du . droit, d'emmagasiner quelques notions d'instruction civique et d'économie politique, de s'assimiler les éléments des sciences physiques et naturelles, d'avaler et de digérer même quelques livres de géométrie, de se faire la main aux principaux exercices du dessin ou de se rompre aux mouvements de la gymnastique, que d'apprendre à écrire, c'està-dire à penser ; un sujet étant donné, savoir en tracer les limites, en distinguer les parties, en dégager les idées, puis les ranger dans un ordre naturel, les rendre avec des expressions justes et, si possible, vives et colorées, c'est de tous les arts le plus laborieux, le plus complexe et le plus délicat. Il serait plus qu'ambitieux, il serait absurde d'exiger de nos maîtres qu'ils excellassent dans un pareil art; mais demander qu'ils en connaissent et en pratiquent les règles essentielles, c'est une exigence légitime; croire qu'ils y parviendront, c'est une espérance raisonnable ; il faut' seulement leur faire crédit et leur donner du temps, car le progrès que nous attendons d'eux dans l'art de parler et d'écrire, c'est un progrès d'ensemble et de fond, un progrès de l'esprit tout entier, de l'esprit lui-même. Le propre dé l'art d'écrire est en effet de mettre en jeu toutes les facultés de l'esprit.

Et quand nous aurons obtenu de nos maîtres ce '

progrès désirable et possible, n'allons pas croire que les enfants de l'école vont devenir des lettrés. D'abord, s'il est bon que le talent, où qu'il se révèle, et d'où qu'il parte, puisse s'élever sans obstacles, jusqu'où le porte son essor, il n'est point à souhaiter que l'école primaire devienne une pépinière d'écrivains ; tel n'est point son rôle, et, du reste, elle ne pourrait le remplir.

Pour arriver à bien écrire, il faut avoir beaucoup lu ; or, à l'école, on ne lit guère et pour cause. Bien court est le temps de la scolarité et les programmes sont bien longs. Que de choses à apprendre en si peu de temps ! Et puis c'est seulement vers la fin que l'enfant arrive à lire assez couramment pour lire avec plaisir, pour lire tout seul et des ouvrages d'une certaine étendue. Ainsi tout manque ou presque tout: le temps toujours, parfois les livres, et le goût souvent.

Mais si la lecture est nécessaire, elle n'est pas suffisante ; il faut y joindre et pendant longtemps l'exercice assidu de la composition. Qu'est-ce qu'une heure où deux par semaine consacrées à cet exercice? et c'est pourtant tout ce que comporte l'écononaiô des programmes. A l'école supérieure, on peut être plus généreux, faire à la composition une plus large part et obtenir des résultats meilleurs ; à l'école primaire, il n'y a pas d'illusion à se faire, il faut en prendre son parti, on ne peut aller loin.

Sachons donc borner notre ambition ; ne pouvant

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