‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 65 sur 262 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

tout avoir, cherchons du moins à nous assurer le nécessaire. Or, en fait de style et de composition, le nécessaire, c'est la correction du langage, la propriété des termes, la justesse et l'ordre dans les pensées. •

Si avec cela nous réussissons à donner aux enfants le goût de la lecture, nous aurons assez fait, le temps fera le reste.

Un bon enseignement grammatical conduit à la correction ; il n'en est pas de même de la propriété dans les termes ; c'est une qualité rare, car elle suppose la connaissance exacte du sens des mots, la netteté dans les idées, la sûreté du jugement qui prévient les confusions, la délicatesse qui saisit les nuances, et qui par suite, jalouse de les accuser, est scrupuleuse dans le choix des termes.

Il y a des impropriétés qui sont à peu près impossibles, parce qu'elles supposent des confusions trop grossières. Si, pour désigner une table, on emploie le mot rivière, on commet une erreur plutôt qu'une impropriété.

Pour qu'il y ait impropriété, il faut que le terme qu'on emploie soit emprunté non pas à une idée éloignée, mais à une idée voisine de celle qu'on veut rendre; il faut qu'il y ait entre elles quelque analogie, quelque rapport, qui provoque dans la mémoire l'apparition de plusieurs termes, entre lesquels l'esprit hésite, faute de science ou de discernement. On ne peut donc arriver à écrire avec propriété qu'au-

tant qu'on a assez de discernement pour distinguer les choses qui se ressemblent; Car si on ne démêle pas les différences, d'où viendrait le désir de les faire sentir? La propriété dans les termes est pour un esprit bien fait ce qu'est 1& justesse des sons pour une oreille juste, c'est-à-dire un besoin.

Elle suppose donc une qualité de l'esprit, qui se traduit par une qualité du style. Mais cette qualité, il est peu d'enfants qui n'en aient au moins le germe ; on peut la développer, et c'est à quoi nous devons tendre.

Pour les maîtres comme pour les élèves le meilleur moyen d'y réussir, c'est l'exercice assidu de la définition. Au senô étymologique la définition consiste à tracer la ligne de démarcation qui sépare une chose, une idée, de celles qui l'entourent et avec lesquelles on pourrait la confondre ; scientifiquement elle consiste à marquer le genre et l'espèce auxquels appartient l'objet h définir. Sans exiger de nos maîtres un excès de rigueur, on peut, ce me semble, leur conseiller de suivre cette règle si claire et si simple: Qu'est-ce que La Fontaine? — C'est un poète (voilà le genre), un fabuliste (voilà l'espèce). — Qu'est-ce qu'un octogénaire? — C'est un homme (genre) âgé d'au moins quatre-vingts ans (espèce). — Qu'est-ce qu'un jouvenceau? — C'est un homme (genre) tout jeune (espèce). — Qu'est-ce qu'un labeur? — C'est un travail (genre) pénible (espèce). — Qu'est-ce que les Parques ? — Ce sont des divinités

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