CHAPITRE IX
(genre) qui fixent la durée de la vie humaine (espèce). — Qu'est-ce que l'azur ? — C'est une couleur bleue (genre), bleu de ciel (espèce).
Comme on le voit, le genre indique en quoi un être, un objet ressemble à d'autres, et l'espèce en quoi il en diffère. Un octogénaire, un jouvenceau sont des hommes, mais ils diffèrent des autres hommes en ce que les uns sont vieux et les autres jeunes.
Ce que nous demandons paraît peu de chose, c'est beaucoup en réalité. Il suffît d'avoir interrogé des élèves à l'école primaire et même ailleurs, pour savoir à quoi s'en tenir.
Ce genre de définition ne suffit pas toujours ; car il n'est pas toujours possible de donner dans une réponse aussi brève une idée suffisante d'une chose ou d'un objet. On est souvent obligé de compléter la définition tantôt par une indication de la matière dont une chose est faite, ou de l'usage auquel elle est destinée, tantôt par une énumération de ses principaux caractères ou de ses propriétés ; et, s'il s'agit d'un instrument, d'une machine, d'une opération, la définition ne peut se passer de la description.
Mais, pour le plus grand nombre des mots, la définition par le genre et l'espèce est suffisante, et du reste, quelques compléments qu'on soit amené à lui donner, c'est toujours par elle qu'il faut commencer. Pratiquée avec suite, elle fait contracter à l'esprit
l'habitude de Tordre et de la méthode, elle lui donne le goût de la clarté, de l'exactitude, elle le prépare aux opérations plus longues et plus laborieuses de la description et de la classification scientifique. Quand on a appris de bonne heure à manier cet instrument de précision, on devient à la fois scrupuleux pour soi, exigeant pour les autres ; on arrête les mots au passage, on en veut savoir au juste la valeur et la portée ; on les ouvre pour voir ce qu'il y a dedans.
Il ne faut pas croire qu'on a peu gagné en tirant une idée au clair ; ce serait une grande erreur. Quand les idées sont nettes, on en saisit mieux les rapports ; les jugements sont donc plus sûrs et les raisonnements plus solides.
Ainsi par l'exercice assidu de la définition on donne à l'esprit de la rectitude et de la vigueur ; non seulement on devient plus capable de juger et de raisonner soi-même, mais plus habile à saisir le défaut des raisonnements vicieux et à se dégager du filet des sophismes.
Ajoutons que la pratique de la définition nous fait mieux saisir et sentir les nuances variées qui font le charme du style et par suite nous amène à les marquer nous-mêmes dans notre style et notre langage; en un mot, l'habitude de la définition engendre le goût de la propriété dans les termes.