‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 68 sur 262 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

et plus nos sensations sont vives, plus vif aussi est ce besoin de les figurer et de les peindre.

C'est là ce qui a donné naissance aux expressions figurées ou métaphoriques, qui ne sont autre chose que des comparaisons. La comparaison peut être en effet plus ou moins resserrée, plus ou moins étendue; elle peut remplir une phrase tout entière, se développer même en une longue suite de phrases ou de pages ; elle peut aussi tenir en un mot.

C'est ainsi que dans une conversation animée la comparaison abonde. L'habitude est si forte que souvent nous annonçons la comparaison avant de l'avoir trouvée ; et si le terme nous manque, si notre imagination ne nous fournit pas assez vite l'objet cherché et nous fait banqueroute, nous fourrons à la place vide un mot insignifiant, un mot général, vague, où l'auditeur met et voit ce qu'il veut.

Qui n'a mainte fois entendu des phrases de ce genre : « Il est ennuyeux comme... tout »? La comparaison n'est pas arrivée, mais l'esprit la voulait*

L'étendue qu'on lui donne se mesure à l'importance du sentiment, de l'idée, qu'on veut représenter. La plupart du temps ce n'est qu'une image, qui passe emportée par le courant de la pensée et qui éclaire, en passant, l'idée qu'elle, enveloppe. Ce mot qui à lui seul renferme une comparaison s'appelle tantôt un mot figuré, tantôt une métaphore.

Le mot figuré s'appelle ainsi parce qu'il donne une

figure, une forme sensible, une physionomie aux choses invisibles ou abstraites.

« Tous ces colifichets dont le bon sens murmure, » dit Àlceste. Le bon sens est une qualité, chose abstraite, que le poète personnifie, anime, figure.

La métaphore est un terme d'origine grecque, qui signifie transfert ; elle transfère ou fait passer une expression d'une idée à une autre idée, d'un objet à un autre objet. «Va, cours, vole et nous venge, » dit don Diègue à Rodrigue ; il fait passer le mot voler de l'oiseau à l'homme. Dans les deux cas il y a comparaison.

Le langage figuré ou métaphorique n'a d'autres limites que les limites mêmes du domaine intellectuel. La poésie est naturellement la plus riche en métaphores, parce qu'elle est une peinture non seulement de la nature et de la vie extérieures, mais de la nature et de la vie morales. Quoique moins colorée, l'éloquence a souvent recours aux figures et aux images, parce qu'elle cherche non seulement à convaincre, mais à émouvoir, et que rien n'est plus propre à remuer l'âme et à exciter les passions que la vue et la représentation des choses. L'histoire est plus sobre de métaphores, parce qu'elle est une science autant qu'un art, et qu'elle se propose d'instruire et non d^mouvoir; cependant elle ne peut se passer d'images, soit qu'elle raconte les événements, soit qu'elle peigne les caractères ou les situations. La philosophie elle-même, pour rendre

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