‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 69 sur 262 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

sensibles les abstractions au milieu desquelles elle se meut, est plus d'une fois obligée d'avoir recours au langage figuré.

Ainsi, à mesure qu'on se rapproche des sciences pures, l'éclat du style va diminuant et s'afifaiblissant, mais il ne disparaît et ne s'éteint jamais, pas même dans les sciences les plus abstraites. Je ne parle pas de la physique, de l'histoire naturelle, qui, ayant à décrire des phénomènes ou des organismes, à peindre des êtres animés ou inanimés sont, par cela même forcées de puiser dans le langage figuré ; mais la science abstraite par excellence, la science des nombres, est, elle aussi, tributaire de la métaphcfre. Son vocabulaire est en partie formé de métaphores. Que sont en effet des mots comme fraction, racine d'un nombre et tant d'autres, sinon des métaphores, c'est-à-dire des comparaisons ?

Il n'y a pas d'exagération à dire que la métaphore domine dans le langage ; l'emploi en est à la fois suggéré par le besoin de nous mieux comprendre nous-mêmes et de nous faire mieux comprendre des autres, et imposé par l'insuffisance du langage abstrait. Il faut donc s'exercer de bonne heure au maniement du style figuré et à l'emploi judicieux des métaphores.

Il existe entre le monde sensible et le monde moral et abstrait des analogies nombreuses, les unes frappantes et constantes, les autres secrètes et fugitives ; c'est sur ces analogies que repose le langage figuré.

Les premières sont si réelles, que tous les peuples les ont aperçues, et que Ton retrouve dans toutes les langues et dans toutes les littératures l'emploi des mêmes images ou métaphores pour les exprimer. Les autres, au lieu de s'offrir au premier coup d'œii, se dérobent ou n'apparaissent que vaguement et par intermittences ; elles sont cachées plus avant éans les choses, elles sont plus délicates, plus déliées, c'est à la lueur des éclairs qui parfois traversent l'esprit qu'on les surprend ; le poète souvent les crée plus encore qu'il ne les découvre.

En général, les hommes qui ont de l'imagination et de la mémoire, et dont l'esprit est par suite rempli des images du monde extérieur trouvent sans effort, pour revêtir leurs idées et leurs sentiments, des formes correspondantes ; s'ils ont l'esprit bien fait, ils saisissent les rapports vrais et les expriment par des métaphores justes.

Le défaut le plus ordinaire du style des instituteurs, c'est la fausseté des métaphores, et la raison en est que leur instruction est plutôt grammaticale que littéraire, et que leur attention a toujours été attirée moins sur la valeur et le choix des mots que sur l'orthographe et sur les règles de la syntaxe.

La métaphore est pour eux non pas une comparaison dont le premier mérite est la justesse, mais une sorte d'ornement et de parure ; aussi vont-ils tout droit aux plus brillantes, aux plus éclatantes. C'est

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