‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 72 sur 262 · DU TOUR DE LA PHRASE · texte numérisé non relu

DU TOUR DE LA PHRASE

SOMMAIRE. — Défaut ordinaire à l'école. — Uniformité des tours. — Du passé défini. — De l'imparfait du mode indicatif. — Abus de ces temps. — De la prédilection pour l'imparfait du mode subjonctif.— Du temps présent; avantages qu'il offre sous le rapport de la variété des sons. — Exemples. — Des défilés de pronoms employés à la même personne. — Modèle de variété emprunté à La Fontaine. — Que la variété naît de la vivacité du sentiment. — Exemple tiré de la conversation. — Que les sujets les moins vivants comportent cependant une certaine variété de tours. — Exemples tirés de deux descriptions, l'une de Voltaire, l'autre de Buffon. — Moyens à employer pour se corriger de l'uniformité.

Si nos enfants savent écrire avec propriété, s'ils savent trouver des métaphores justes, ce sera déjà beaucoup ; cependant, sans être trop ambitieux ni trop exigeants pour eux, sans vouloir en faire des stylistes, comme on dit aujourd'hui, nous pouvons demander encore quelque chose de plus.

Avec l'impropriété des termes et la fausseté des métaphores, le défaut le plus sensible de leurs petites compositions, c'est l'uniformité des tours, et ce défaut, on le signale bien quelquefois, mais rarement

on le corrige, et plus rarement encore on enseigne à s'en corriger.

Prenons un des sujets les plus souvent traités dans nos écoles, le récit d'une promenade scolaire. Voici comment l'enfant novice conduira son récit :

« Nous partîmes à nous marchâmes pendant

nous rencontrâmes des nous arrivâmes enfin

et nous dînâmes. »

Ou bien, si l'enfant raconte à la troisième personne, il s'engagera dans les malencontreux imparfaits, qu'il traînera péniblement d'un bout à l'autre de sa narration, sans pouvoir s'en dépêtrer.

« Ils suivaient un chemin poudreux le soleil

dardait sur eux ses rayons ils souffraient de la

soif et de la faim mais ils ne trouvaient ni arbres

ni source.... et la nuit approchait, etc. »

Qui ne sent combien ce défilé interminable de verbes, qui, employés au même temps, apportent régulièrement le même son à l'oreille, est fastidieux et fatigant? Encore si ce son était toujours agréable, ce ne serait que demi-mal ; mais, malheureusement, nos passés définis sont rudes à l'oreille, selon l'expression de Philaminte (1); eût-on le choix entre toutes les conjugaisons, entre vous aimâtes et vous finîtes, vous reçûtes et vous vîntes, qu'il faudrait hésiter à choisir. Notre imparfait de l'indicatif, moins sec et moins dur, ne laisse pas de déplaire,

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