‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 73 sur 262 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

parce qu'il fait trop ouvrir la bouche et remplit trop l'oreille. Que dirai-je de l'imparfait du subjonctif, sinon qu'il est redoutable et généralement redouté, à tel point que, lorsqu'on le voit venir de loin, il n'est pas rare qu'on se détourne pour l'éviter ; que parfois même on aime mieux commettre un solécisme que de se résigner à le subir, et qu'enfin ceux qui en usent à l'occasion ne manquent guère de l'accompagner d'uit léger sourire, en manière d'excuse et de regret. C'est peut-être pousser bien loin la délicatesse; quoi qu'il en soit, l'emploi de ce temps et de ce mode, est considéré comme un acte méritoire de respect pour la grammaire.

Qu'est-ce à dire? et faudra-t-il qu'on bannisse impitoyablement de sa prose les imparfaits de l'indicatif, et ceux du subjonctif, et les passés définis? Loin de ma pensée une proscription pareille. On peut user de ces temps, on doit en user, mais sobrement, de loin en loin, dans l'occasion, et surtout il ne faut pas redoubler, accumuler ces consonnances ingrates ou retentissantes.

Le conseil n'est pas si inutile qu'il peut le paraître, et je sais plus d'une personne, je dis grande personne, sur qui ces temps et ces modes fameux exercent une véritable attraction. J'en sais plus d'une qui semble rechercher ces formes avec autant de soin que d'autres les évitent, et qui professe hautement et hardiment le culte de l'imparfait du subjonctif.

Mais, me dira-t-on, voilà le défaut ; comment l'éviter?

Un des moyens les meilleurs et les plus faciles consiste à passer, quand le sens le permet, et il le permet souvent, d'un temps à un autre temps. C'est ainsi que dans les récits et dialogues, qui sont les formes les plus usitées de la composition scolaire, on peut assez vite et sans peine arriver au présent, qui a le double avantage de rendre en quelque sorte présentes l'action, la scène que l'on raconte, et d'offrir, contrairement à l'imparfait et au passé défini, ses voisins, une remarquable variété de désinences. On peut s'en convaincre par les yeux et l'oreille à l'aide du tableau suivant :

J'aimais, j'aime.

Je finissais, je finis.

je rendais, je rends.

Je recevais, je reçois.

Je courais, je cours; Je marchais, je marche.

Je volais, je vole.

Je remuais, je remue.

Je réclamais, je réclame.

Je tordais, Je tords.

Voilà dix verbes; on pourrait en aligner dix autres ; à l'imparfait, ils ont naturellement la même désinence ; au présent, ils ont tous une terminaison différente. On comprend quelles ressources offre un temps pareil à celui qui sent le charme que donne au style la variété des sons. Ajoutons que ce

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