‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 75 sur 262 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

rez que, sans le vouloir, sans y penser, ils changent à tout coup la forme de leurs phrases ; qu'inversions, interrogations, exclamations, répétitions, etc., se succèdent comme un feu roulant, sans interruption.

C'est qu'en effet la variété des tours vient du mouvement de la pensée et des sentiments, et que la conversation, en mettant aux prises des caractères, des esprits, des intérêts différents ou même contraires, par l'imprévu des réponses, par la vivacité des répliques, par ses surprises, ses brusqueries, ses volte-face, ses détours, ses évolutions, ses incohérences, est de nature à aiguillonner, à fouetter l'esprit, à provoquer des saillies, des élans, des transports même de passion. Aussi tous les genres n'exigent-ils pas la diversité des tours à un degré si haut, mais tous, même les plus paisibles, les plus unis, comme la description, la comportent et l'exigent dans une certaine mesure. Voici quelques lignes prises dans la description d'une ferme par Voltaire :

« Les arbres du verger, chargés de fruits à noyau etàpépins, sont encore une autre richesse. Quatre ou cinq cents ruches sont établies auprès d'un petit ruisseau qui arrose le verger. Il y a des allées de mûriers à perte de vue ; les feuilles nourrissent ces vers précieux qui ne sont pas moins utiles que les abeilles. Une partie de cette grande enceinte est formée par un rempart impénétrable d'aubépine proprement taillée, qui réjouit l'odorat et la vue. Telle doit être une bonne métairie. »

Rien assurément de plus tranquille que cette description, et cependant elle ne contient pas deux phrases du même dessin.

Lisez .encore ce portrait du renard parBuffon; c'est un genre où la passion n'entre pour rien, et pourtant quelle richesse de formes I

« Le renard est fameux par ses ruses et mérite en partie sa réputation. Ce que le loup ne fait que par la force, il le fait par adresse et réussit plus souvent. Sans combattre les chiens ni les bergers, sans attaquer les troupeaux, il est plus sûr de vivre : il emploie plus d'esprit que de mouvement ; ses ressources semblent être en lui-même ; ce sont, comme on sait, celles qui manquent le moins. Fin autant que circonspect, etc. »

Autant de phrases, autant de tours. Ce n'est pas qu'un bon écrivain ne commence parfois de la même manière et par le même mot toute une suite de propositions ou de phrases ; mais alors cette répétition est voulue; elle a un but, qui est de frapper l'esprit de la même, idée, en frappant les yeux de la même forme, ou l'oreille du même son.

Comment préserver ou guérir l'enfant de ce défaut si commun et qui est à la composition ce que la psalmodie est à la récitation ? comment l'amener ou le ramener à la variété, c'est-à-dire au naturel? Voici quelques moyens.

On peut d'abord profiter de l'exercice de la lecture expliquée pour appeler son attention sur cette

Page 1