CHAPITRE XI
qualité commune à tous les bons écrivains et les engager à l'acquérir. Mais il y a des moyens plus efficaces ; lorsque l'enfant a remis un devoir d'un style par trop . uniforme, le maître n'a qu'à substituer au tour dominant des tours variés et à couler les phrases dans des moules différents. Mieux encore, il peut amener l'enfant à les trouver luimême ; une correction partagée entre le maître et l'élève, une correction à deux est toujours plus profitable. Il sera bon aussi de faire écrire au tableau noirunmorceau où domine le défaut signalé et de mettre à contribution toute la classe pour refondre le morceau et y répandre la variété.
Enfin je conseillerais de donner quelquefois aux élèves un sujet traité par un bon auteur et choisi à dessein; la comparaison entre le devoir d'un élève, fût-il lé meilleur, et la page de l'écrivain, sera pour là classe la plus frappante et par conséquent la meilleure des leçons.
Ainsi je suppose qu'un maître ait choisi pour sujet l'histoire de la Mouche et du Coche, combien d'enfants vont tomber dans l'ornière sans pouvoir s'en tirer I combien vont aligner leurs pesants imparfaits et répéter leur fastidieux pronom ! « La mouche volait... elle chantait.... elle piquait.... elle bourdonnait.... elle, etc. » Mis à côté de ces phrases de plomb, les vers du fabuliste, d'une allure si vive, si dégagée, si pétulante, en auront bientôt raison.