‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 78 sur 262 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

prennent pas le goût de la lecture, c'est que souvent le maître ne l'a guère, et qu'on ne peut donner ce qu'on n'a pas.

Tout progrès dans les classes suppose un progrès dans les maîtres; pour obtenir ce dernier, il faut compter sur le mouvement général qui entraîne l'indifférence et l'ignorance vers les sources du savoir ; sur les bibliothèques qui vont chaque jour se multipliant et s'enrichissant; sur les écoles normales, où l'enseignement élargi ouvre aux futurs maîtres des voies et des horizons nouveaux.

Déjà à l'école primaire l'extension du programme a étendu le vocabulaire; l'instruction civique, les éléments des sciences physiques et naturelles, les éléments du droit et de l'économie politique y ont introduit bien des mots qui jusqu'à ce jour n'avaient pas résonné à l'oreille des enfants.

Mais ce sont moins les termes scientifiques ou techniques qui leur font défaut que les mots de la langue littéraire, et les tours. Il faut donc s'ingénier à tirer des textes qu'ils apprennent ou qu'ils lisent tout le parti possible, à en exprimer toute la substance pour en nourrir leur trop maigre lexique.

Pour cela, quand la dictée est finie et expliquée, il «st bon de la faire exposer ou raconter de vive voix parles enfants; l'effort qu'ils s'imposent pour retrouver les faits ou les idées qui forment la trame <iu texte, ramène sur leurs lèvres un certain nombre des mots de l'auteur, et les imprime dans leur mé-

moire. On peut aussi mettre la classe entière à contribution pour la reconstitution du morceau, livres et cahiers fermés.

L'un retrouve une phrase, l'autre une autre; les enfants se complètent ou se corrigent les uns les autres ; ce qui a échappé à celui-ci, son voisin Ta retenu; tous fournissent quelque chose, les uns plus, les autres moins, suivant leur mémoire. Au tableau noir est un élève qui écrit, au fur et à mesure, ce qui lui arrive de tous les points de la classe ; pièce à pièce, sous les yeux des enfants et par leur concours, le morceau se recompose ; tous se piquent d'émulation; le plaisir de trouver les aiguillonne, et ils n'oublient plus ce qu'ils ont ainsi cherché. Si bonne est la mémoire des enfants, si vif est leur amourpropre, que presque toujours on arrive à reconstruire le texte ou peu s'en faut.

Alors le maître rouvre le livre; phrase par phrase il relit à haute voix le texte restitué; tous les yeux sont attachés au tableau ; on tient à voir ce qui a échappé, ce qui a été estropié ; la craie en main, un enfant comble les vides, corrige les inexactitudes ; la mémoire boit tout ce qui tombe des lèvres du maître et s'en imprègne pour toujours.

Cette méthode de reconstruction s'applique à tous les textes qui, sans être appris par cœur, pénètrent en partie dans la mémoire à l'aide des observations et des explications auxquelles ils donnent lieu. Ainsi les morceaux de prose et surtout de poésie, lus à

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