‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 79 sur 262 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

haute voix dansla classe et commentés par le maître, peuvent être rétablis, séance tenante, après la lecture; c'est pour le maître un moyen de s'assurer qu'il a été compris; une observation rappelle un mot, un hémistiche, un vers ; on s'aide de tout, du raisonnement et.de l'oreille, de l'enchaînement des idées, de la mesure, de la rime, et, s'il le faut, à la dernière extrémité, on donne un coup d'œilau livre. Un bon moyen d'avancer vite et sûrement dans la connaissance de la langue consiste a enregistrer jour par jour les termes nouveaux que Ton rencontre soit dans les dictées, soit dans les lectures, à les repasser de temps à autre et, autant que possible, à des intervalles périodiques, en s'arrêtant sur ceux dont le sens est encore vague ou flottant dans la mémoire, pour les fixer et les définir. Ce petit registre permet à l'enfant de mesurer ses progrès, de compter ses acquisitions par jour, par semaine et par mois ; il aide à gagner sans rien perdre de ce qui est amassé ; il rend sensible la puissance de l'épargne qui s'accroît si rapidement quand elle est régulière ; car quelques mots mis de côté .chaque jour ont bien vite parfait la centaine, et, à la fin de ' l'année, l'enfant est tout étonné, tout- émerveillé de se trouver si riche et d'avoir amassé un si gros

capital.

Une des plus grandes difficultés de renseignement consiste à fixer dans l'esprit les connaissances qu'on y fait entrer et qui tendent sans cesse à en sortir,

soit parce quelles sont poussées dehors par l'arrivée de connaissances nouvelles, soit parce que l'esprit les porte sans se les assimiler et qu'elles sont pour lui non une nourriture, mais un fardeau, non un accroissement de force, mais un surcroît de fatigue.

Un mot bien compris et acquis, c'est quelque chose, c'est plus qu'on ne croit, car il est rare que les mots aillent tout seuls ; ils vont ordinairement par groupes, et la connaissance de l'un d'eux fait faire la connaissance des autres; ajoutons que cette habitude de l'enregistrement crée l'habitude de l'attention aux mots, rend curieux de leur signification, et l'on sait que c'est un défaut ordinaire aux enfants de laisser passer les mots sans les arrêter au passage et sans en demander la signification.

A l'école primaire, on apprend peu, trop peu de vers, et ce que l'on en apprend se perd chemin faisant, faute de méthode et de soin. Un morceau chasse l'autre; ils ne font que passer par l'esprit sans y laisser de traces. Ces morceaux, il faudrait les fixer, les enfoncer dans l'esprit, et, tout en y faisant entrer des pièces nouvelles, les souder à celles qui s'y trouvent déjà. Sous ce rapport on peut dire que la négligence est complète, et qu'au lieu d'amasser le grain dans le grenier, on le jette à tous les vents. Cependant, en six ou sept ans, que de vers on pourrait emmagasiner dans la mémoire de l'enfant, si l'on s'y prenait bien!

M. Carré, inspecteur général de l'enseignement

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