CHAPITRE XIII
DE LA DESCRIPTION — SON IMPORTANCE — SA MARCHE — CE QUI EN SAIT L'IMPORTANCE.
SOMMAIRE. — De la description. — Son importance. — Qu'elle répond à un besoin de notre nature. — Qu'elle est d'un usage continuel dans la vie ordinaire. — Qu'elle est l'auxiliaire indispensable des lettres, des sciences, des arts et des métiers. — Conditions d£la description. — Observation analytique. — Description de la Suisse vue du haut du Jura. — Qu'ordinairement on se borne à donner des modèles et à les faire reproduire, mais sans en dégager la méthode à suivre. — Marche de l'auteur dans la description de la Suisse. — Pourquoi il a suivi cette marche. — Ce qui donne à une description son véritable caractère. — Ce qui en fait l'unité*.
De toutes les formes de la composition scolaire la plus importante peut-être est la description, et la raison en est simple : presque toute notre vie se passe à voir, à entendre, à goûter, à toucher, à sentir ; elle n'est qu'un perpétuel exercice des sens, une série ininterrompue de perceptions et de sensations.
Or tout ce qui nous touche, tout ce qui nous frappe, tout ce qui nous plaît ou nous déplaît, tout ce qui excite en nous des sentiments agréables ou désagréables, tout cela, nous éprouvons le désir, le
besoin de le figurer, de le représenter aux autres, c'est-à-dire, de le décrire; et, quand les autres nous manquent, nous décrivons pour nous-mêmes, soit sur le papier avec la plume, soit dans notre mémoire avec notre imagination. Décrire, c" est dessiner ou peindre; peinture et dessin ne sont que des formes plus sensibles, plus saisissables et saisissantes de la description. Une esquisse, un tableau sont une reproduction pour la vue, à l'aide des couleurs et des
lignes ; une description est une reproduction pour l'esprit à l'aide des mots et des sons.
La description n'est pas seulement un besoin de notre nature morale, un effet de cette tendance qui nous pousse à faire passer dans nos semblables et à répandre en eux ce qui remplit notre esprit, notre cœur, elle est une véritable nécessité dans les mille et mille circonstances de la vie ordinaire. Quand nous avons à donner un renseignement, un ordre, un avertissement, pour être clairs, pour être compris, il nous faut décrire plus ou moins sommairement les lieux, les choses, les personnes que nous voulons faire connaître ou reconnaître; les métiers ne peuvent se passer de la description pour leurs outils et les objets qu'ils façonnent ; l'agriculture pour ses instruments et ses travaux ; l'industrie pour ses machines, les sciences physiques pour leurs expériences et leurs appareils, les sciences naturelles pour leurs analyses et leurs classifications, la médecine et la chirurgie pour leurs diagnostics et leurs