I- La Bruyère, ch. I, Des owtfragés de V esprit
complet, et, si possible, harmonieux. Dans ce genre la méthode d'observation et la méthode de composition n'en forment qu'une seule, de telle sorte que, si Ton a su observer, on saura par là même décrire. La suite le fera comprendre. Quand nous nous trouvons en présence d'un paysage, d'un site, d'une scène, d'un spectacle quelconque, nous en saisissons l'ensemble à première vue, nous voyons tout à la fois ; mais précisément parce que nous voyons tout, nous ne voyons rien parfaitement. Les gens superficiels et indifférents se contentent de ce premier coup d'œil et de cette sensation rapide et trouble; d'autres, plus sensibles aux charmes et à la beauté des choses, restent en contemplation, et comme perdus dans l'étendue du tableau, ils emportent au fond de leur mémoire une image plus vive, un souvenir plus durable, mais vague encore et confus. C'est comme un souvenir en bloc ; s'il leur fallait le détailler et en rendre compte, ils en viendraient difficilement à bout. Au contraire, celui qui sait observer, se dégage de cette première impression, de ce saisissement de la surprise ou de l'admiration et se met à diriger son esprit de manière à passer en revue les diverses parties du tableau. C'est cette conduite attentive et analytique du regard, qui donne seule la pleine connaissance du spectacle et qui seule en permet une description fidèle- Voyons donc comment cette direction de l'esprit peut ou doit se régler suivant la nature des sujets. Si l'on sait s'imposer une discipline,