CHAPITRE XIV
rente à nous faire connaître le monde extérieur, chacun d'eux apporte à la description un certain nombre d'éléments et par suite on peut dire qu'ils fournissent à l'observation une méthode générale, à la description un plan naturel. Quand donc les enfants ont un objet à décrire ou un ensemble d'objets, engageons-les à passer en revue les différentes sensations que ces objets leur procurent, en prenant chaque sens l'un après l'autre ; ils amasseront ainsi les matériaux de leur description, il ne leur restera plus qu'à les mettre en ordre. Essayons d'appliquer cette méthode.
Voici un sujet agréable et à la portée des enfants, même des plus jeunes : la description d'un ruisseau. Voyons ce que chaque sens va apporter à la masse commune ; cela nous apprendra en même temps à nous faire une idée de l'importance relative des sens. La vue nous montre les formes, les mouvements, les couleurs : un ruisseau a un cours, un lit, un milieu, une surface, des bords ; nous verrons donc si son cours suit une ligne droite ou sinueuse, s'il se déroule en un long ruban ou s'il fait des tours et des détours et forme comme un méandre capricieux; nous verrons au fond le sable fin, les cailloux polis, la mousse ou les herbes rampantes sur lesquelles il coule. Sur les côtés, les herbes pendantes, les racines qui affleurent ou qui baignent; au milieu, dans le courant même, nous verrons passer les troupes agiles des petits poissons qui descendent ou remontent ; à
la surface, les insectes qui le traversent en tous sens, qui le rident, et y tracent ces cercles légers et mobiles qui se croisent et se brisent; les feuilles, les fleurs tombées que le courant emporte m r un peu au-dessus les mouches, les abeilles, les papillons, les demoiselles; sur les bords, les graminées qui pendent sur l'eau, les fleurs qui s'y mirent, les oiseaux qui y boivent, puis les plantes, les arbustes, les arbres qui y rafraîchissent leurs racines et lui forment une bordure ou un berceau. Par la vue y outre les contours et les lignes, nous saisissons les couleurs et les mouvements; la transparence de l'eau, les miroitements et les scintillements de sa surface unie ou frémissante, les réseaux lumineux et mobiles qui se déploient au fond, l'allure changeante et capricieuse du ruisseau qui tantôt presse et tantôt ralentit son cours, qui tantôt écume et bondit sur les obstacles qu'il rencontre et tantôt se repose en quelque bassin paisible, d'où il sort en cascade. Ainsi l'organe de la vue est un dessinateur et un véritable peintre ; Y ouïe vient ajouter la musique à • ce tableau déjà plein de vie, elle nous fait entendre la voix si douce et si fraîche du ruisseau qui babille, chante ou murmure ; et tout autour, comme un accompagnement harmonieux, le bourdonnement des insectes, le bruissement du feuillage, et le gazouillement des oiseaux. V odorat enrichit encore cette perception déjà si complexe et si regorgeante, en nous faisant respirer les parfums subtils qui flottent ou courent sur